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Burundi: de la Covid-19 aux violences conjugales

De la Covid-19 aux violences conjugales au Burundi
Au Burundi, depuis l’éclosion du Covid-19, les cas de violences basées sur le genre persistent. Les plus victimes, selon AFRABU, ce sont les femmes qui exerçaient des activités commerciales dans des zones frontalières. Ces femmes s’indignent du comportement de leurs maris.

Dans une étude menée en 2021 par l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi (AFRABU) dans 3 zones frontalières du pays (Gatumba, Rugombo et Minago),  les résultats font état de 38 cas des violences conjugales. 19 de ces cas ont été identifiés à Minago en province Rumonge, 12 à Gatumba en province Bujumbura et 7 à Rugombo en province Cibitoke.

Comme les témoignent ces femmes, alors qu’elles n’exercent plus les activités commerciales, ces femmes dénoncent le comportement de leurs maris. Elles disent subir des violences conjugales dans leurs foyers. L’Association des Femmes Rapatriées du Burundi  affirme cette situation. 

Cette étude montre qu’il y a une recrudescence des violences conjugales dans les ménages. « Une partie non négligeable des victimes est composée par des femmes qui, depuis la fermeture des frontières suite au Covid-19, ont dû cesser leurs activités.», précise Godelieve Manirakiza, représentante de l’AFRABU.  

Depuis la fermeture des frontières suite à la propagation de coronavirus, les femmes qui faisaient le commerce transfrontalier se sont vues contraintes d’arrêter leurs activités. C’est ainsi qu’ elles se sont retrouvées dans la précarité financière. Par conséquent, elles ne sont plus à mesure de contribuer au bien-être économique de leurs familles. 

“C’est un calvaire inédit!”

Plusieurs femmes ont abandonné leurs foyers. Elles se sont retrouvées incapables de supporter les comportements de leurs époux. Âgée de 45 ans et vendeuse de pagnes, Mme S.h. déplore les agressions qu’elle subit de son mari, parfois en présence de leurs 5 enfants. « C’est difficile de supporter cela », se plaint S.h. 

Se confiant au Le Journal.Africa, cette femme sanglote : « mon mari dit toujours que je suis un fardeau pour lui. Il entre et sort quand il veut et sans me parler. Un simple geste de ma part,et il me rappelle les 2 millions qu’il avait empruntés pour que je m’en serve comme capital. On avait consommé cet argent quand les frontières ont été fermées ».

Cette quadragénaire indique qu’elle a  perdu l’estime de son mari depuis qu’elle est devenue moins productive financièrement. Comme elle ne fait plus de navettes entre Bujumbura et Uvira,  elle n’a plus rien comme activité depuis l’arrivée du Covid-19 et la fermeture des frontières en 2020.

Son grand souhait aujourd’hui est que l’Etat enlève le coût de test de Covid-19 au niveau des frontières afin qu’elle puisse reprendre ses activités, après avoir contracté un autre crédit.

A lire : Burundi: Quand le tabou affecte Buja Sans Tabou

Les VBG seraient-elles un blocage à l’entreprenariat féminin ?

Conscient de la situation, l’Agence de Développement du Burundi (ADB) en collaboration avec CDE Great Lakes, organise régulièrement des formations à l’endroit de femmes pour leur rappeler leurs droits et devoirs. Ces formations visent aussi à les appeler à œuvrer dans la légalité car la majorité d’entre elles opère d’une façon informelle. « C’est une façon de les protéger contre les VBG », explique Désiré Musharitse, directeur d’ADB.

«  Les violences n’encouragent en rien. Par contre, elles tuent psychologiquement et moralement et mènent à la vengeance », intervient Me Sonia Ndikumasabo, représentante légale de l’Association des Femmes Juristes du Burundi (AFJB), dans une interview accordée à JA.

Me Sonia Ndikumasabo estime que les hommes devraient orienter leurs femmes vers des nouvelles initiatives d’affaires au lieu de les décourager et les dénigrer.

L’autonomisation financière comme piste de solution

La vice-présidente de la Chambre Fédérale Commerciale et Industrielle du Burundi (CFCIB), Ginette Karirekinyana révèle que la dépendance financière crée toujours des inégalités dans la vie du couple en particulier et d’une façon générale au sein de la société. Parfois, cette dépendance finit par dégénérer en violences.

Ginette Karirekinyana, compte sur l’autonomie financière pour prévenir les violences que certains époux font subir à leurs épouses.

Toutefois, Mme Karirekinyana s’étonne du fait que la plupart de ces mères qui font le commerce transfrontalier n’ont pas de comptes bancaires propres à elles et choisissent d’utiliser ceux de leurs maris.

Au Burundi, les VBG sont punissables par la loi numéro 1/13 du 22 septembre 2016 portant prévention, protection des victimes et répression des violences basées sur le genre.

A lire aussi :  Violences conjugales au Burundi : le cri des victimes étouffé dans les pans de la tradition

Freddy Bin Sengi

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