Au milieu de l’offensive du groupe rebelle M23 dans le Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), près de 11 000 Burundais, qui vivaient dans ce pays voisin, ont choisi de rentrer volontairement au Burundi entre le 6 et le 30 décembre 2025. Ce mouvement de retour, documenté dans un rapport récent de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), met en lumière une crise humanitaire sous-estimée, marquée par une vulnérabilité extrême et des besoins urgents en abris, hygiène et protection.
Alors que les réfugiés congolais font les gros titres, ces retournés burundais souvent oubliés, font face à un retour précaire dans un pays aux ressources limitées, exacerbant les pressions locales. Le rapport de situation de l’OIM, couvrant la période du 6 au 30 décembre 2025, estime que ces mouvements transfrontaliers mixtes ont affecté plus de 100 000 personnes au total, dont une part significative de Burundais retournés.
L’offensive du M23, qui a culminé avec la chute d’Uvira le 10 décembre, a poussé ces familles à franchir la frontière via des points d’entrée comme Kansega, Gatumba et Rumonge. Selon l’OIM, 10 700 retournés burundais spontanés ont été enregistrés par l’Action Rapatriement et Réintégration des Rapatriés (ARRR), avec un soutien à la centralisation des données et au transport vers leurs communes d’origine. Ces retours se concentrent dans 19 communes identifiées, principalement dans l’est du Burundi, comme la zone des Basses Terres Orientales.
Les évaluations rapides menées par l’OIM depuis le 9 décembre auprès de ménages retournés à Kansega, Gatumba et Rumonge révèlent un tableau sombre de vulnérabilité. Parmi les ménages interrogés, 51 % comptent au moins une personne vulnérable, avec une prédominance de femmes (51 %) et de mineurs (55 %), augmentant les risques de protection. Près de 96 % déclarent manquer d’accès à au moins un service vital, tels que l’abri, l’eau potable, la nourriture, les latrines ou les soins médicaux.
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Les besoins prioritaires se concentrent sur les abris et les articles non alimentaires. 81 % signalent un manque d’espace pour dormir, 70 % d’articles d’hygiène, et 50 % de couvertures ou nattes. Des contraintes en eau, assainissement et hygiène (WASH) persistent, avec seulement 30 % d’accès à l’eau potable et 26 % aux latrines.
Des alertes protections émergent. 18 % des ménages rapportent des besoins en protection de l’enfance, et 9 % des risques de violences basées sur le genre (GBV) ou d’exploitation sexuelle.
Certains retournés envisagent un retour en RDC une fois la situation stabilisée
Les intentions de ces retournés soulignent l’urgence d’une réponse adaptée. 81 % souhaitent rejoindre des proches au Burundi pour une intégration communautaire, tandis que 19 % envisagent un retour en RDC une fois la situation stabilisée. Cependant, 41 % des ménages ont été séparés de membres familiaux lors de la fuite, aggravant les traumatismes.
Parmi les vulnérabilités spécifiques, 6 % incluent des femmes enceintes ou allaitantes, et 3 % des personnes âgées dépendantes. L’OIM note également que 20 % des ménages expriment un besoin d’intégration scolaire pour les enfants, 7 % de soutien psychosocial, et 14 % de soins de santé prénatale ou générale. Ces chiffres, basés sur des observations de terrain, pourraient sous-estimer la réalité en raison de retours non enregistrés.
En réponse, l’OIM a renforcé son appui aux autorités burundaises. Entre le 6 et le 30 décembre, elle a soutenu l’enregistrement des retournés et facilité 16 mouvements domestiques, transportant 686 individus vers leurs zones de retour dont 174 filles, 178 garçons, 144 femmes et 190 hommes.
Ce flux de retournés s’inscrit dans un contexte plus large de tensions régionales. L’escalade du conflit en décembre 2025, avec la prise d’Uvira par le M23, a non seulement provoqué l’afflux de près de 90 000 réfugiés congolais, mais aussi le retour de ces Burundais, souvent des réfugiés de longue date en RDC.

