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Burundi: 377 femmes libérées des fistules obstétricales, un combat qui redonne visage et voix aux invisibles

377 femmes opérées et accompagnées, symbole d’un combat décisif contre les fistules obstétricales au Burundi. À l’issue de son mandat à l’UNFPA au Burundi, Judicaël Elidje met en avant des résultats concrets. Au-delà des interventions chirurgicales, ces survivantes retrouvent dignité, autonomie et reconnaissance sociale.

Le bilan présenté par Judicaël Elidje le 24 avril 2026 à Bujumbura, devant la presse, à l’issue de son mandat à la tête de l’UNFPA au Burundi, dépasse largement les statistiques. Derrière les chiffres, une réalité humaine s’impose, celle de centaines de femmes sorties de l’ombre après des années de souffrance silencieuse. Au total, 377 survivantes de fistules obstétricales ont été opérées et accompagnées durant les trois ans et demi de sa mission au Burundi.

« La guérison ne se limite pas à refermer une plaie, elle consiste aussi à restaurer l’estime de soi », a rappelé Judicaël Elidje lors de sa prise de parole. Il a également insisté sur la dimension sociale de cette prise en charge, soulignant qu’une femme guérie devait pouvoir retrouver sa place dans sa famille et dans sa communauté.

Parmi les bénéficiaires, certaines ont évoqué un long parcours de souffrance marqué par l’isolement et le rejet social. Plusieurs ont expliqué qu’après des années passées en marge de la société, elles pouvaient désormais reprendre une vie normale, sortir sans honte et retrouver leur dignité.

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La fistule obstétricale reste l’une des blessures les plus graves liées à la maternité dans les contextes à ressources limitées. Elle survient généralement à la suite d’un travail prolongé sans assistance qualifiée, provoquant une déchirure interne entre le vagin et la vessie ou le rectum. Les conséquences dépassent le cadre physique, avec des pertes permanentes d’urine ou de selles, des infections chroniques, l’infertilité, mais aussi le rejet familial, le divorce et la marginalisation.

Dans de nombreuses communautés rurales burundaises, cette condition est encore perçue comme une fatalité, voire une malédiction. Le poids des traditions, les mariages précoces et l’accès limité aux structures de santé expliquent en partie une incidence annuelle estimée entre 750 et 2 000 nouveaux cas. Une réalité qui souligne les inégalités persistantes en matière de santé maternelle.

Face à ce défi, l’UNFPA a adopté une approche intégrée. Les 377 interventions chirurgicales réalisées ne constituent que la première étape d’un processus de reconstruction plus large. Chaque patiente bénéficie d’un accompagnement complet incluant un suivi médical post-opératoire et un soutien psychosocial.

Pour renforcer cette dynamique, 70 femmes ont accédé à des programmes de réinsertion économique, avec des formations professionnelles, un appui à la création de microentreprises ou une dotation en kits générateurs de revenus. Un responsable du programme a insisté sur le fait que l’autonomie financière était essentielle pour éviter un retour à l’exclusion.

La lutte contre les fistules obstétricales dépasse aujourd’hui le cadre strictement médical. Elle touche aux droits humains, à l’égalité de genre et au développement socio-économique. Judicaël Elidje a rappelé que mettre fin aux fistules revenait aussi à garantir aux femmes un accès équitable aux soins de santé maternelle.

Au Burundi, la lutte contre cette maladie s’impose désormais comme un levier puissant d’inclusion et d’émancipation féminine, un combat encore en cours, mais dont les fondations sont désormais solidement posées.

Prosper Aobe

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