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Les manifestations en Algérie ne s’essoufflent pas

Les manifestations anti-Bouteflika se poursuivent en Algérie, malgré le renoncement du chef de l'Etat à un 5ème mandat. Copyright de l’image Getty Images
Image caption Les manifestations anti-Bouteflika se poursuivent en Algérie, malgré le renoncement du chef de l’Etat à un 5ème mandat.

Le président algérien a renoncé à un 5ème mandat, mais c’est loin d’être suffisant pour les manifestants qui craignent une prolongation indéterminée du quatrième mandat du chef de l’Etat et appellent à sa démission immédiate.

Des semaines de manifestations ont poussé Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, à renoncer à briguer un nouveau mandat présidentiel.

Ahmed Rouaba, de la BBC, analyse la situation dans un pays où la jeunesse, qui représente près de la moitié de la population, n’a connu qu’un seul président.

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Image caption La diaspora algérienne se mobilise aussi, comme ici le 17 mars en France.

Une défaite pour le régime ?

La page Bouteflika est sur le point d’être tournée, une bonne fois. Une figure du parti au pouvoir, Hocine Kheldoun, n’a pas hésité a qualifier le leader de longue date comme faisant désormais partie de “l’histoire”.

Seulement, beaucoup d’Algériens sont persuadés que le chef de l’État, octogénaire à la santé fragile, n’est qu’une façade utilisée par un groupe d’hommes d’affaires, de politiciens et de militaires considérés par certains observateurs comme les dirigeants réels du pays.

C’est le Front de libération nationale (FLN), le parti de M. Bouteflika, qui gouverne l’Algérie depuis son indépendance en 1962.

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Image caption Les Algériens craignent la prolongation indéterminée du 4e mandat et appellent à une démission immédiate.

Le nouveau Premier ministre, Nouredine Bedoui, proche allié d’Abdelaziz Bouteflika, a été chargé de mettre en œuvre des réformes politiques en attendant la tenue d’une nouvelle élection présidentielle.

Son gouvernement devrait également organiser une conférence nationale, mais aucune date n’a été fixée pour le scrutin présidentiel ou la conférence.

Et pour le moment, Abdelaziz Bouteflika reste en fonction. Les manifestants considèrent donc ces concessions comme une “ruse” pour éviter les réformes en profondeur.

L’un de leurs nouveaux slogans est : “Nous voulions des élections sans Bouteflika, on nous a donné Bouteflika sans les élections.”

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Image caption Depuis qu’il a été victime d’un AVC en 2013, M. Bouteflika a été vu rarement en public et ne se déplace ni dans le pays, ni à l’étranger, sauf pour des raisons médicales.

Abdelaziz Bouteflika gouverne-t-il toujours ?

Selon ses soutiens, le président de 82 ans est “mentalement et intellectuellement” capable de diriger le pays.

Mais depuis qu’il a été victime d’un AVC en 2013, M. Bouteflika a été vu rarement en public et ne se déplace ni dans le pays, ni à l’étranger, sauf pour des raisons médicales.

Il n’était pas présent au siège du Conseil constitutionnel, comme l’exige la loi algérienne, lors du dépôt de sa candidature à un 5e mandat, début mars.

Certains disent que c’est son frère Saïd qui prend des décisions clés à sa place, bien que la réalité soit beaucoup plus compliquée.

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Image caption L’un des nouveaux slogans des manifestants : “Nous voulions des élections sans Bouteflika, on nous a donné Bouteflika sans les élections.”

Pourquoi est-ce si difficile de trouver un autre candidat ?

Vétéran de la guerre d’indépendance algérienne, Abdelaziz Bouteflika s’est hissé à la tête de l’État avec l’aide de l’armée, après la guerre civile qui a ravagé le pays dans les années 1990.

Contrairement à certains dirigeants de la région, sa présidence a survécu aux manifestations du printemps arabe en 2011.

Le président actuel est sans aucun doute depuis vingt ans le pivot d’un système de gouvernance qui entretient au pouvoir une caste privilégiée.

Il est donc difficile à l’heure actuelle d’anticiper une alternative.

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Image caption Les forces de l’ordre ont fait preuve d’une retenue inhabituelle à l’égard des manifestants, ce qui pourrait donner à penser qu’ils ne sont pas prêts à recourir à la force.

Alors pourquoi le gouvernement a-t-il fait marche arrière ?

Il ne fait aucun doute que le gouvernement, qui a sous-estimé son impopularité, a été surpris par l’ampleur des manifestations.

La grogne, initialement menée par des jeunes, concerne maintenant les avocats, les juges, les enseignants et les magistrats, qui ont tous protesté contre son maintien au pouvoir.

Les médias publics qui avaient ignoré au début les manifestations ont ensuite été autorisés à les diffuser.

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Image caption Manifestations à Alger, ce 19 mars 2019, qui marque le 57ème anniversaire de l’indépendance du pays.

Jusqu’à maintenant, ces manifestations se sont déroulées dans le calme. Un code de conduite a même été largement diffusé sur les réseaux sociaux, afin d’éviter les affrontements avec les forces de l’ordre.

Ces derniers ont également fait preuve d’une retenue inhabituelle à l’égard des manifestants, ce qui pourrait donner à penser qu’ils ne sont pas prêts à recourir à la force.

Le gouvernement et tous les Algériens sont conscients que les affrontements risquent de faire basculer le pays dans la violence. Tout le monde garde en mémoire les douloureux souvenirs de la guerre civile qui a duré une décennie dans les années 1990.

Et l’opposition ?

Les principaux partis d’opposition ont rejeté les décisions du gouvernement consistant à retarder les élections et tenir une conférence nationale.

Voir aussi :

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“Le mouvement de protestation en Algérie est historique à plusieurs égards”

Fatiha Benabou, un spécialiste du droit constitutionnel à l’Université d’Alger, a déclaré à l’Agence France-Presse qu’il n’y avait aucune base légale dans la Constitution algérienne pour reporter les élections.

Les partis d’opposition – qui vont des socialistes aux islamistes – sont connus pour être profondément divisés et n’ont jamais vraiment réussi à s’unir.

Pourtant, ils devront désormais prendre en considération les revendications des manifestants qui demandent, entre autres, un renouvellement de la scène politique algérienne, même dans les rangs de l’opposition.

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