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La procédure judiciaire visant Lee Man-hee, dirigeant de l'Église Shincheonji de Jésus âgé de 95 ans, suscite des critiques internationales. L'affaire relance le débat sur la liberté religieuse, la proportionnalité des mesures judiciaires et le respect de l'État de droit en Corée du Sud.

La détention de Lee Man-hee, président de l’Église Shincheonji de Jésus, suscite des critiques internationales, selon un communiqué de presse diffusé par Shincheonji le 6 juillet 2026. Âgé de 95 ans, le dirigeant religieux a été placé en détention le 24 juin avant d’être mis en examen le 30 juin pour des accusations liées à la Loi sur les partis politiques.
Les procureurs sud-coréens lui reprochent d’avoir organisé, entre 2021 et 2024, l’inscription d’environ 50 000 membres de Shincheonji au Parti du pouvoir du peuple (PPP), avec pour objectif présumé d’influencer les primaires présidentielle et parlementaire du parti. L’Église rejette ces accusations, affirmant que ses membres ont agi de leur propre initiative et qu’aucune contrainte n’a été exercée.
Massimo Introvigne, sociologue italien des religions, estime que le maintien en détention d’un dirigeant religieux de 95 ans dans le cadre d’une affaire ne portant pas sur des accusations de violence soulève des interrogations au regard des principes internationaux de proportionnalité applicables aux mesures privatives de liberté. Ses analyses, publiées dans Bitter Winter et citées dans le communiqué de Shincheonji, mettent notamment en avant les questions liées au traitement des détenus âgés et aux garanties entourant le recours à la détention provisoire.
Le 30 juin, jour même de la mise en examen de Lee Man-hee alors qu’il se trouvait en détention, le ministre sud-coréen de la Justice, Jeong Seong-ho a déclaré sur son compte de réseau social qu’« une punition pénale stricte correspondant à sa responsabilité est inévitable ». Il a conclu son message en citant l’Évangile selon Matthieu (7:15) : « Méfiez-vous des faux prophètes. »
Pour Massimo Introvigne, ces propos posent question car ils interviennent au moment où la procédure judiciaire débute officiellement. Selon lui, l’intervention publique d’un ministre chargé de superviser le système judiciaire appelant déjà à une sanction pourrait être perçue comme une forme de préjugement.
Le sociologue estime également que la référence biblique utilisée par le ministre pourrait entrer en tension avec le principe de neutralité religieuse de l’État. Il souligne que les déclarations d’un membre du gouvernement peuvent être interprétées non comme une simple opinion personnelle, mais comme une position susceptible d’engager l’image des institutions publiques.
Dans ses analyses publiées les 24 juin et 2 juillet 2026 dans Bitter Winter, Massimo Introvigne critique principalement la décision de maintenir Lee Man-hee en détention. Il estime que l’incarcération d’un responsable religieux de 95 ans dans une affaire ne concernant pas des crimes violents soulève des questions concernant le respect des principes internationaux de proportionnalité.
Il cite notamment les Règles Mandela des Nations unies relatives au traitement des détenus ainsi que les principes du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui insistent sur la nécessité d’utiliser la détention provisoire avec mesure.
L’Église Shincheonji affirme, de son côté, avoir pleinement coopéré avec les autorités pendant toute l’enquête, y compris lors des perquisitions et saisies. Elle considère que la détention de son président constitue une mesure disproportionnée compte tenu de son âge et de son absence de risque de violence.
Le débat judiciaire porte désormais sur la question centrale de savoir si les membres de Shincheonji ont été contraints de rejoindre un parti politique ou s’ils ont exercé librement leur droit de participation civique. Les procureurs soutiennent l’existence d’une campagne organisée d’inscriptions forcées, tandis que l’Église affirme qu’aucune pression ni directive obligatoire n’a été imposée.
Pour Massimo Introvigne, l’affaire dépasse le seul cas de Lee Man-hee et représente un test pour la manière dont une démocratie traite les groupes religieux minoritaires ou controversés. Selon lui, les garanties liées à la liberté religieuse, à l’égalité devant la loi et à l’État de droit doivent être appliquées de manière identique à tous les citoyens, indépendamment de leur appartenance religieuse.
Prosper Aobe
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