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Pierre Nkurunziza : la fin d’une ère

Le Burundi vient d’écrire un nouveau chapitre de son histoire en tournant la page à 15 ans de règne en maître de l’homme providentiel du CNDD-FDD, Pierre Nkurunziza. Retour sur le parcours du désormais « Guide suprême du patriotisme », qui a su se maintenir au pouvoir, contre vents et marées. 

Aujourd’hui, c’est la fin peut-être du pouvoir d’un homme à qui les élections ont toujours « souri » et dont toute une génération aura du mal à oublier son règne, pour différentes raisons. Le président Nkurunziza n’a jamais eu de compétiteur à chacune des trois élections organisées depuis 2005 et l’avènement des Accords d’Arusha. En cette année-là, le Burundi sortait d’une longue guerre civile ayant entraîné plus de 300.000 morts. Il était le seul candidat à la présidence. Les circonstances lui étaient très favorables du fait que le corps électoral (le Parlement) était acquis à sa cause.  65 députés sur les 118 étaient issus de son parti, le CNDD-FFD. Résultat, un mandat de cinq ans qu’il exercera en toute tranquillité ou presque. Le seul bémol durant cette période est intervenu deux ans après, en 2007, avec le groupe dit de « Radjabu », alors tout-puissant président du parti CNDD-FDD, qui fut condamné pour complot contre la sûreté de l’État.

En 2010, après le retrait des candidatures de tous les opposants et l’entrée en clandestinité du leader des FNL, Agathon Rwasa, il se retrouve à nouveau face à lui-même. C’était la disparition de l’opposition politique. Et la société civile rentra dans la danse tout simplement parce que la nature a horreur du vide. En lieu et place d’une opposition politique durant ce deuxième mandat, le pouvoir fait face à une société civile plus que très active et très à cheval sur le contrôle de l’action du gouvernement. Cette dernière sera le fer de lance de la contestation de 2015 où elle sera totalement décapitée après l’échec du coup coup d’État manqué du général Niyombare, ancien chef d’État-major et aussi chef du service des renseignements.

2015 est aussi l’année du dernier et troisième mandat, que des observateurs qualifiaient de mandat de tous les dangers. Pierre Nkurunziza se retrouvera une fois de plus seul face à lui-même. Il est encore une fois plébiscité. À partir de ce moment, il n’y aura plus d’opposition et comme seuls adversaires, quelques groupes armés qui sèment la terreur dans les rues de Bujumbura. Ce qui ne pouvait l’effrayer face à l’arsenal militaire et aux éléments qui lui sont restés fidèles.

Aujourd’hui, nous avons un premier candidat du CNDD-FDD qui n’est plus le président sortant et qui voit en face de lui sept candidats dont un de taille, Agathon Rwasa. Au cours des 15 dernières années, les seuls obstacles auxquels le président sortant, Pierre Nkurunziza, a eu à faire face durant ses trois mandats, ne sont jamais venus des hommes politiques. Tout le long de ce long règne, il aura été en compétition avec lui-même, la société civile et une partie de la population burundaise.

 

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