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#ThePoliticianWeWant : Kanyosha, réfléchir au-delà de la musique

Kanyosha ou Kany City pour les plus jeunes se trouve au sud de Bujumbura mairie. Et comme ailleurs, la question du chômage et de l’éducation sont revenues dans les conversions avec la jeunesse.

Une fois passé le pont de la rivière Kanyosha, la circulation devient plus dense. On se sent vite à l’étroit sur la route Rumonge entre le flot continu des gens, les voitures, les bus, les vélos et les motos qui slaloment entre les véhicules. Au bruit des klaxons s’entremêlent le son qui sort des baffles et les conversations des passants. Le trafic devient légèrement moins intense une fois passé la 4e avenue. Ma balade improvisée me mène à descendre à la 7e avenue. Le brouhaha et la circulation dense sont loin derrière moi.

« Kanyosha ni heza » ; me confie Eric. 25 ans bien tassés, il a habité plus de la moitié de sa vie à Kanyosha. Et en effet, c’est en s’enfonçant dans le Gisyo, au-delà des maisons pour certaines flambants neuves que se révèle une vue imprenable sur le lac Tanganyika. Plus haut, de l’autre coté de la RN3, c’est en remontant « ku mayira abiri » en continuant mon petit tour de la zone qu’un trait de Kanyosha me frappe : ici, les noms des rues sont des plus particuliers. Ne soyez pas surpris de voir s’entrecroiser les avenues Fourmi, Jaguar, Cacao, Eucalyptus et bien d’autres aux noms d’animaux et d’arbres.

« Je trouve qu’il y fait bon vivre. Bon, ne regarde pas l’état des routes. Elles ne sont pas du tout fameuses », lance Eric sur un ton blagueur, mais il n’a pas tort. Les routes, ou pour mieux dire, leurs vestiges, sont un enfer pour les automobilistes. Ici, presque tout le monde fait du petit commerce. Il ne faut pas longtemps marcher pour tomber sur une boutique, une cafétéria, un salon de coiffure. À défaut de maison construite en dur, une simple table fera office d’étal.

La question de l’emploi

Yan et Jérôme sont deux jeunes ayant grandi à Kanyosha. L’un est au chômage avec un niveau secondaire et l’autre encore à l’université et gère parallèlement son propre business. Si la parole était donnée aux jeunes, en premier lieu viendrait la question de l’emploi. « Si tu as les bonnes relations, quelqu’un qui peut glisser un mot en ta faveur ou tout simplement te donner directement le poste, trouver du travail devient facile », d’après Yan. Plus de transparence dans l’obtention de l’emploi mais aussi palier au manque d’emploi chez les jeunes serait une solution à apporter.

Jérôme trouve que certains jeunes de Kanyosha aspirent à une belle vie sans pour autant bosser dur. « Les jeunes ici veulent avoir un bon salaire, conduire de belles voitures, avoir une belle maison sans trop peiner. Certains politiciens viennent et leur font miroiter cette belle vie en échange d’un engagement politique.» Ce n’est pas ce qui devrait être fait. « Les jeunes ont besoin d’être exposés à l’entrepreneuriat, d’avoir des formations sur ça. ». Le politicien idéal est celui qui favorisera la création d’emploi et non celui qui promettra de donner du travail.

La question de l’éducation

« Il y a un truc que je ne comprends pas. Comment un jeune de Kanyosha peut terminer l’école secondaire sans savoir parler correctement le français ? Je ne parle même pas d’écrire. Il n’y a pas de différence entre celui qui a étudié et celui qui n’a pas fait d’études », s’inquiète Adam. 

Il me montre un enseignant d’une école du quartier : « Je ne lui confierais pas mon enfant. » Il constate qu’il y a un manque criant de motivation pour enseigner. « On devrait se séparer des enseignants actuels et les remplacer par des enseignants motivés  pour transmettre le savoir sur base du mérite

Qu’ajouter à propos de Kanyosha ? Cette zone longeant le lac Tanganyika et recevant parfois la visite inopinée d’hippopotames était la plus peuplée de Bujumbura Mairie au dernier recensement de la population avec 59.181 habitants repartis dans Gisyo Nyabaranda, Kajiji, Kizingwe Bihara, Musama, Nkenga Busoro, Nyabugete et Ruziba.

 

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