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Débat : Mwezi Gisabo ou le roi le plus contesté du Burundi monarchique

Grand monarque parmi ceux qui gouverneront le Burundi, Mwezi Gisabo reste un roi connu pour avoir affronté beaucoup de difficultés, cela depuis la fleur de son âge. Un débat s’est penché sur les principaux conflits qui marqueront son règne. 

« Biracitse nk’ivy’Inkondo ». Cette expression, vous êtes sans doute nombreux à l’avoir déjà entendu, mais vous êtes peu, peut-être, à  saisir sa signification ou son origine. Pour en avoir l’idée, c’est le jeune historien Ernest Murwaneza qui nous l’explique : « Il  faut remonter  vers la fin de la    première moitié du 19ème siècle, à la fin du  règne de Ntare Rugamba. À la mort de ce dernier, comme c’était d’usage à l’époque de la royauté, c’est son fils qui devait lui succéder. Et pour le cas d’espèce, c’était le tour de Twarereye, un de ses fils ».   

Mais par le biais des intrigues à la cour royale, continue Murwaneza, « c’est Mwezi  Gisabo ou Bijoga de son autre nom qui héritera le trône. Non sans résistance de Twarereye. Ce dernier se battra contre son frère Mwezi et contre Ndivyariye, celui qui assurera la tutelle en attendant la maturité du jeune roi »

« Dans un combat acharné qui l’opposera lui et ses soutiens contre Mwezi et ses fidèles aussi, Twarereye périra à Kiganda précisément à Nkondo, dans l’actuelle province de Muramvya. D’où l’expression, ‘‘biracitse nk’ivy’inkondo’’ », précise pour sa part le politologue Denis Banshimiyubusa.  

Ces luttes de pouvoir ne seront pas sans conséquences. Le conflit Bezi-Batare qui opposera les descendants de Ntare à ceux de Mwezi y trouve son origine. On y reviendra.  

Mwezi, un roi au pouvoir contesté 

Comme on le remarque, c’est un Mwezi Gisabo qui n’aura pas la dolce Vita. Et son règne ne le sera pas non plus. Le conflit qui l’opposera à  Twarereye n’est qu’en fait le début du commencement d’une série d’autres difficultés que connaîtra son règne. « Fait rare dans la monarchie burundaise, estime pour sa part  Apollinaire Ndayisenga, licencié en Histoire aussi, le pouvoir du roi  se retrouve contesté. Contesté par un certain Kilima et Maconco.  Nous sommes vers la fin du 19ème siècle. Kilima serait issu en fait de l’union entre Ntare Rugamba et une femme Mushikazi dans l’actuelle RDC. C’est donc en fils légitime de Rugamba qu’il viendra disputer le pouvoir à Mwezi. Gendre de Mwezi Gisabo, Maconco, lui aussi se révoltera contre ce denier ». 

Et en plein début de la colonisation, avec leur « devide et impera » (diviser pour régner), les Allemands ne manqueront pas de s’associer à ces rebelles pour affaiblir Mwezi qui se montrait non coopératif. Cerise sur le gâteau, lors du « Traité » de Kiganda (sur lequel on reviendra aussi), les deux rebelles se verront octroyés des territoires. Bukeye pour Kilima, Muramvya pour Maconco. Mais ça, c’était avant de se voir trahis par les Allemands, leurs anciens  soutiens. « Maconco sera d’ailleurs tué par ces derniers  et Kilima sera exilé. Il trouvera la mort au Malawi », tient à faire savoir  le professeur Banshimiyubusa.  

Des conflits aux lourdes conséquences 

Dans tous les cas, ces difficultés rencontrées par Mwezi Gisabo ne seront pas sans effets. Pour Zabron Nshimirimana, licencié en sciences sociales, « à  part le conflit Bezi-Batare qui aura des conséquences jusqu’à l’indépendance, la royauté burundaise sortira affaibli ». Mais plus important, c’est la démystification des secrets royaux. À titre illustratif, le secret de naître avec des semences dans la main sera mis à mal par le conflit Twarereye-Mwezi. 

« Mais plus regrettable, ce   différend Bezi-Batare se manifestera  lors de la lutte pour l’indépendance. Rwagasore fondateur de l’Uprona étant Mwezi, ses opposants Birori-Ntindendereza du PDC, des Batare », pense de son côté  Eric Hakizimana, lui aussi jeune licencié en Histoire. Et sur ce, le politologue Ambassadeur Denis Banshimiyubusa conclut : « Ce mauvais départ de la naissance des partis politiques (nés sur fond de clivage) au Burundi ne seront pas sans conséquence pour la suite de l’évolution politique ».

La suite des événements l’aura bien démontré.

 

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