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Burundi: face à la menace Ebola, le personnel soignant souffle le chaud et le froid

L’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement en RDC vient d’être déclarée urgence sanitaire mondiale avec l’apparition de cas d’Ebola à Goma, à seulement 320 Km de Bujumbura. Il y a lieu de s’inquiéter et surtout pour le personnel soignant…

Carl est un jeune médecin-stagiaire au Centre Hospitalo-Universitaire de Kamenge. Il fait actuellement ses stages dans le service de pédiatrie. Un soir, alors qu’il est de garde, un infirmier vient le chercher dans la chambre de garde. On est vers quatre heures du matin. Lui, qui ne s’était pas encore reposé, pas même une minute, tellement sa garde a été éprouvante, se voit passer une garde cauchemardesque, après le message lui transmis par l’infirmier. D’une voix tremblante, ce dernier s’exclame : « Viens vite, il y a un enfant qui vient avec Ebola ! ». « Ebola tu as dit ? », demande le jeune interne. Celui-ci, apeuré,  appelle à son supérieur. Le médecin de garde arrive sans tarder.

L’équipe de garde commence alors les discussions, à distance de l’enfant. Celui-ci, quatre ans, se présente avec des saignements par l’anus et par le nez avec une température élevée, les symptômes une « fièvre hémorragique » comme on dit dans le jargon médical, synonyme d’Ebola jusqu’à preuve du contraire, surtout dans le contexte épidémiologique délicat. Mais en interrogeant ses proches, toujours à distance, il ressort que l’enfant n’a fait aucun voyage dans les régions à risque comme le Congo proche et n’a pas eu de contact avec les personnes venues de là. Finalement, le médecin brave la peur et décide d’examiner l’enfant, « non sans une tentative de dire adieu à ses collègues au cas où…». 

Après l’interrogatoire et un examen minutieux, il se trouva que l’enfant souffrait d’une autre pathologie et fut pris en charge. Mais cela après une grosse frayeur qui avait tenu en haleine l’hôpital entier pendant un moment.

Une peur justifiée

« Tout ce qui tue fait peur et Ebola tue », me dira Dr Martin Manirakiza, spécialiste des maladies infectieuses dont Ebola fait partie. Et le personnel soignant n’est pas épargné. Plutôt, il semble être l’une des catégories de la population la plus touchée si on regarde là où le virus a sévi. Par exemple en Afrique de l’Ouest, durant l’épidémie de 2014-2015, plus de 800 soignants ont été touchés par le virus Ebola et comble du malheur, les deux tiers d’entre eux en sont morts. Un responsable de l’OMS disait d’ailleurs à l’époque que « l’épidémie avait eu un impact catastrophique, disproportionné sur le personnel de santé ». 

En effet, selon un rapport de l’OMS sur l’infection parmi le personnel soignant, « le risque d’infection par le virus Ebola était entre 21 et 32 fois plus grand pour les agents de santé que pour la population générale ». Alors dans ces conditions, comment un soignant pourrait ne pas être effrayé à l’idée qu’il puisse y avoir un cas d’Ebola dans son hôpital ? D’autant plus qu’il·elle serait amené·e à travailler au péril de sa vie, cela tout en sachant que la peur a été à l’origine de la contamination de soignants par les patients au Liberia.

Certaines précautions

Selon une étude réalisée en 2015 intitulée : « Ebola vu de loin : les agents de santé face au risque et à l’incertitude dans les campagnes du Burkina Faso », il en ressortait entre autres que : « Pour que le personnel soignant soit infecté, il devait y avoir un problème quelque part : ça pouvait être une défaillance au niveau des combinaisons ou tout simplement un manque d’équipement de protection, ou bien encore une insuffisance au niveau de la prévention sans oublier le manque de savoir-faire technique ». Situation qui ressemble fort à celle du Burundi car, même si des mesures ont été déjà prises comme les règles d’hygiène dans les hôpitaux, une campagne de vaccination pour le personnel de santé le plus exposé, certaines d’entre elles peinent à convaincre

Mais n’empêche, « ces précautions standards c’est-à dire hygiène des mains, port de gants et de masque restent de mise pour le personnel soignant mais ne suffisent pas si un cas d’Ebola venait à se déclarer », prévient le Dr Manirakiza. Cet infectiologue ajoute qu’ « il faut un équipement complet qui, jusqu’à récemment, n’était présentement disponible dans aucun hôpital, sauf l’hôpital militaire. Seule une équipe du Ministère de la Santé chargée de gérer les cas éventuels d’Ebola en dispose ». 

Prudence

C’est la raison pour laquelle, explique-t-il, si un cas suspect venait à se voir dans un hôpital quelconque, aucun soignant ne doit le toucher et devrait attendre cette équipe, mais regrette-t-il, « parfois quand on les appelle, ils traînent à venir ». C’est pourquoi si dans chaque hôpital il y avait un kit complet, comme il y a un certain personnel qui est formé, celui-ci pourrait déjà agir en attendant que l’équipe du Ministère arrive.

L’autre élément qui fait peur aux soignants est l’absence des centres de triage des patients à l’entrée des hôpitaux, pour repérer à temps les cas suspects et éviter du coup le contact avec plusieurs personnes non protégées. «  Ceci est en train de se mettre en place mais les équipements, comme les thermoflash et autres algorithmes de screening, tardent aussi à venir », se désole encore le médecin.

C’est vrai que les cas d’Ebola ne peuvent pas être pris en charge dans toutes les structures de santé, et c’est pourquoi d’ailleurs il existe des centres spécialisés avec des équipes d’intervention « rapide », mais « une équipe avec un équipement dans chaque hôpital pour gérer l’urgence ne serait pas de trop ». Et à la question de savoir si le Burundi serait prêt si un cas d’Ebola venait à se déclarer, le Dr Manirakiza est très dubitatif.

 

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