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CULTURE

Slam : le calvaire des jeunes filles artistes

Alors que le festival Vuga battait son plein, un débat ayant pour thème : « Les femmes artistes et les sociétés africaines » s’est imposé. Entre la galère, le rejet, l’humiliation, le blâme, les agressions, et enfin la gloire, le parcours de l’artiste africaine est jalonné d’obstacles. Les trois détentrices du titre de championne de slam dans leur pays se sont confiées à Yaga.

 D’un pays à l’autre, elles ont presque connu la même expérience : la galère, le rejet, l’humiliation, le blâme, les agressions, et au bout du tunnel, la gloire. Depuis qu’elles ont décidé de monter sur scène, de pratiquer leur art, avec ou sans soutien, elles ne se sont jamais découragées. Leur carrière d’artiste n’a fait que s’affermir même au milieu des contradictions sociales. 

En effet, dans la mentalité de beaucoup d’Africains, un artiste est cette personne qui, après avoir lamentablement échoué dans sa vie professionnelle, décide de s’en remettre à l’art. Pour la gent féminine, cela est encore pire, une fille qui se lance dans l’art devient une honte pour sa famille et on lu colle automatiquement des étiquettes. Quoi qu’elle fasse, son talent sera toujours mis en doute. Certains diront qu’elle se donne à ses producteurs ou responsables des compétitions et festivals afin de signer des contrats ou remporter des trophées. 

Des parcours de combattantes

Croisant le regard d’un public silencieux et curieux, Huguette la slameuse burundaise est la première à répondre à la question posée par Alain Horutanga, le modérateur, à savoir : « Comment est-ce que la famille reçoit le fait que vous pratiquez le slam sachant que dans nos sociétés africaines, une femme qui prend la parole publiquement est déjà mal vu ? ». Cette dernière dira que chez elle, ce qui inquiétait le plus ses parents, c’était de voir leur fille s’enfoncer dans l’art et revenir à la maison avec un micro plutôt qu’avec un diplôme. 

Huguette a commencé le slam quand elle était au lycée et ses parents n’étaient pas au courant. Pour éviter les problèmes avec la famille, elle s’est résolue à terminer ses études avant de se lancer complètement dans le slam. C’est après le championnat national de slam poésie que ses parents ont découvert qu’elle pratiquait en secret cet art. N’étant pas contre, ils lui mettront juste certaines limites, notamment pour les heures de sorties. « En tant jeune fille et Burundaise en plus, je devais être à la maison à 19h précise. S’il fallait monter sur scène à 20h, c’était très compliqué », se souvient-elle.

Pour la slameuse malgache Caylah, les problèmes ont commencé après une vidéo postée sur Youtube où elle dénonçait certains maux de la société. Ayant une mère qui lui a toujours répété que sa place était à la maison, qu’elle n’avait pas à s’exposer et d’aller dire ces choses et un père traditionaliste pour qui une femme n’a pas le droit de prendre la parole en public et doit se contenter d’être la femme de quelqu’un et se soumettre à lui, Caylah n’a eu d’autres choix que de quitter le nid familial. Elle affirme que depuis qu’elle vit seule, les relations avec sa famille se sont améliorées. Victime des attouchements et des contrats qui tournent au vinaigre, elle a même failli se faire violer à la sortie d’une scène. 

Dans l’ombre des hommes

Quant à Lydol la slameuse camerounaise, c’est en 2010 qu’elle a découvert le slam. Au départ, c’était compliqué avec sa famille surtout avec sa mère parce que son père, lui la soutenait un peu. « Ma mère n’était pas d’accord que je monte sur scène car pour elle, les artistes sont des personnes qui ont raté leur vie… » Alors pour la calmer un peu, et lui montrer son sérieux, Lydol a fini par faire sa thèse. « Au Cameroun, dans l’esprit de beaucoup de gens, les femmes artistes sont peu vertueuses.», explique-t-elle, un voile dans son regard. Elle se souvient particulièrement d’une compétition où elle avait gagné. Et parmi les candidats, certains n’arrêtaient pas de lui dire : « Toi, tu n’as pas gagné. C’est parce que tu es une femme! ». Ce qui était choquant pour elle, c’est qu’on en riait comme si elle avait choisi d’être une femme. Pour elle, ça n’a pas de sens qu’on remarque qu’elle est une femme parce qu’elle vient de réussir là où seuls les hommes sont censés réussir.

Aujourd’hui, plusieurs femmes artistes dans le monde sont victimes de ce genre de discrimination et de traitements dégradants. Si ce n’est pas la société qui les pointe du doigt, ce sont leurs propres familles qui se dressent contre elles. Une femme artiste mérite d’être respectée, considérée et jugée sur la qualité de ses œuvres et non parce qu’elle est tout simplement une femme.

 

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