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Un tête-à-tête Biya-Macron annoncé au Palais de l’Unité

Emmanuel Macron est arrivé lundi 26 juillet au Cameroun. Cela faisait sept ans qu’un président français n’était pas venu à Yaoundé. En 2015, François Hollande n’était resté que quelques heures. Aujourd’hui, Emmanuel Macron rencontrera la communauté française, échangera avec des représentants de la société civile et de la jeunesse, mais surtout, il sera reçu par Paul Biya.

Avec notre envoyée spéciale à Yaoundé, Amélie Tulet

Une heure d’entretien en tête-à-tête être prévue pour se tenir dans le secret du Palais de l’Unité. Emmanuel Macron face à Paul Biya, 44 ans pour le premier, le double pour son hôte, dont quatre décennies bientôt passées au pouvoir. Les deux chefs d’État doivent déjeuner ensemble et tenir une conférence de presse commune. 

L’Elysée avait assuré que tous les sujets seraient abordés : gouvernance, état de droit… rien ne sera esquivé, mais pas d’« injonction médiatique » ; la position de Paris est d’être à l’écoute des demandes, s’il y en a, des autorités camerounaises en matière, par exemple, d’appui à la décentralisation. Dans tous les esprits, l’avenir politique et la stabilité du Cameroun, la crise qui dure dans les régions à majorité anglophone du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi Boko Haram dans l’extrême-nord, la piraterie dans le Golfe de Guinée ou encore la lutte d’influence sur le continent avec la Russie. 

Sur le plan économique, les intérêts français au Cameroun sont nombreux mais en recul. Paris souhaiterait un meilleur climat des affaires. 

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Cette visite sera aussi l’occasion pour Emmanuel Macron d’appuyer sa volonté de mettre en valeur la jeunesse et la société civile, par le biais de tables rondes, dans le sillage du sommet d’octobre dernier à Montpellier. 

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Il ne rencontrera pas lui-même de leaders de l’opposition.

Les attentes des autorités camerounaises…

« Amitié et solidarité » sur les affiches officielles prévues pour cette visite à Yaoundé. Emmanuel Macron et Paul Biya apparaissent côte à côte en train de se serrer la main. En arrière-plan, un ciel bleu mais pas sans nuage. 

Dans son dossier de presse, le cabinet civil de la présidence camerounaise présente, cette visite comme l’« occasion pour les deux chefs d’État de réaffirmer la solidité de l’axe Yaoundé-Paris dans l’écoute et le respect mutuels ». Les autorités camerounaises détaillent les nombreux domaines dans lesquelles les deux pays coopèrent : recherche scientifique, infrastructures, développement commercial et économique. 

Sur le plan sécuritaire, Yaoundé rappelle que « dans le cadre de la lutte contre Boko-Haram, la France se tient fermement aux côtés du Cameroun ». 

Dans ce dossier de presse, le cabinet civil de la présidence ajoute que le Cameroun est « en droit d’attendre (de Paris, NDLR) un appui pour la reconstruction dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest », « de la région de l’Extrême-Nord aussi », ainsi qu’« un appui au processus de décentralisation ».

Comme une sorte de mise au point alors que l’Élysée a prévu de donner la parole à la société civile lors de son séjour à Yaoundé, la présidence consacre plus d’une page aux libertés politiques, de la presse notamment. À ce sujet, le texte dénonce « la mauvaise foi » de certaines ONG comme Reporter sans frontières. Le texte dénonce aussi le dénigrement du Cameroun dans des médias étrangers et les « campagnes d’instrumentalisation de l’opinion publique contre les Forces de défense et de sécurité ».

Quant à la question du passé et de la lutte pour l’indépendance, il est inscrit que « l’évocation de l’Histoire ne saurait éluder le rapprochement psychologique et la dimension affective entre les peuples camerounais et français. »

Et de l’opposition…

Pour une bonne partie de l’opposition politique, il n’est pas possible que les deux chefs d’État n’abordent pas la question de la transition à la tête du pays, note notre correspondant à Yaoundé, Polycarpe Essomba. Mais attention, met aussitôt en garde le MRC de Maurice Kamto, qu’il ne soit surtout pas question pour Emmanuel Macron de venir adouber ce qu’il appelle « le gré à gré », soit la transmission du pouvoir de père en fils de Biya à un autre Biya, en l’occurrence ici le fils Frank pour lequel des mouvements de soutien se font de plus en plus bruyants dans la capitale.

C’est aussi la préoccupation de Jean-Michel Nintcheu, député du SDF, qui déclare que les Camerounais n’accepterons pas que leur soit imposé qui que ce soit à la tête de la magistrature suprême. L’opposition plus ancienne, d’obédience nationaliste, remet au goût du jour ses interpellations à la France sur ce qu’elle qualifie de contentieux historique. Elle va quêter la moindre déclaration allant dans le sens de la reconnaissance du lourd passif de la période pré et post-indépendance.  

Quant à la société civile, elle espère que la question des droits et libertés sera abordée. Elle partage aussi avec les leaders politiques, le souhait du renforcement de la démocratie, notamment des réformes sur le code électoral pour des élections moins contestés à l’avenir. 

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