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Sénégal: le harcèlement de rue subi par les femmes au centre d’un projet artistique

Au Sénégal, cela peut être des sifflements, des remarques déplacées, des « frottements » dans les transports, des agressions. Le harcèlement de rue subi par les femmes dans l’espace public à Dakar est au centre d’un projet artistique et de recherche, baptisé « Territoires ». Il comprend notamment une exposition, qui vient d’ouvrir au musée de la Femme Henriette Bathily, sur un phénomène jusqu’ici très peu exploré au Sénégal.

Avec notre correspondante à Dakar, Charlotte Idrac

« Le harcèlement de rue est tellement méconnu qu’il n’y a pas de mot pour le définir en wolof ». Une femme, dans la ville, debout et enveloppée dans une couverture de survie : c’est l’affiche de cette exposition, au musée de la Femme Henriette Bathily, qui regroupe photos, dessins, textes ou vidéos.

À l’origine du projet, l’artiste française Sophie Le Hire : « L’objectif, ça a été vraiment de déjà mettre en lumière ce problème, le fait que quand on est une femme et qu’on sort dans la rue, on ne se sent pas en sécurité. Donc, il fallait essayer de comprendre pourquoi, ce qui se joue. Moi, mon élan est d’abord artistique, ça a été d’imaginer la ville comme un être vivant. C’est une métaphore de l’agresseur. »

Le projet « Territoires » associe également des expertes -psychologue, sociologue, urbaniste ou encore juriste-, pour une réflexion collective sur le phénomène de harcèlement de rue à Dakar.

« Elles ont réfléchi, elles ont questionné, interrogé et elles ont écrit. Et on ajoutera à cela un questionnaire, une enquête de terrain sur 350 femmes qui ont témoigné. Ce que ce projet essaie de faire : ouvrir un dialogue qui permettrait d’identifier la problématique et du coup, pouvoir la changer, pouvoir la résoudre », détaille Ken Aïcha Sy, actrice culturelle.

Une exposition qui s’adresse aux femmes, aux hommes, aux jeunes, et également aux institutions. L’exposition « Territoires », c’est jusqu’au 15 mai à Dakar.


• Un phénomène aussi présent en RDC

La quantification du harcèlement de rue est difficile notamment en RDC. Pour Chantal Faida, membre de la société civile et spécialiste des questions de genre en République démocratique du Congo, il existe peu de chiffres. Elle explique les raisons.

On manque de cas de dénonciations. Pour la plupart des femmes, elles se taisent. C’est un peu ça la problématique que nous avons. Et on n’a pas de chiffres en termes de dénonciation. Donc, il n’y a pas de statistiques fiables en RDC. Il y a vraiment cette problématique de sensibilisation pour dénoncer tout cas de harcèlement dans les rues à Kinshasa. Donc, à partir du moment où on ne sait pas que ça constitue une violence, à ce moment c’est très difficile de pouvoir dénoncer cela auprès des autorités compétentes. Mais cependant, il y a quand même certaines victimes qui commencent à prendre conscience et à dire: stop. Il y a certaines femmes qui commencent à dire: je contrôle mon corps, je contrôle mes habillements, je n’ai pas besoin de quelqu’un pour me donner des conseils que je n’ai pas demandés sur comment m’habiller.

Chantal Faida, membre de la société civile

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