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Conflit en Éthiopie: un rassemblement à Addis-Abeba pour enrôler les jeunes dans l’armée

Grand rassemblement patriotique ce mardi 27 juillet 2021 au matin dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba. La mairie a appelé les jeunes à se mobiliser pour aller combattre les forces rebelles du Tigré dans le nord du pays. En effet, la guerre qui se déroule au Tigré depuis presque neuf mois a récemment débordé sur les régions voisines, détruisant la force de frappe de l’armée nationale. Le gouvernement éthiopien est désormais forcé à militariser rapidement une partie de la société.

Avec notre correspondant à Addis-Abeba, Noé Hochet-Bodin

La cérémonie avait lieu sur la grande place de Meskel au centre de la capitale. Casquettes et tee-shirt aux couleurs de l’armée éthiopienne, 3 000 jeunes volontaires ont célébré leur départ pour les camps d’entraînement militaire.

Henok Ashenafi, 27 ans, s’est engagé, laissant sa famille à Addis-Abeba : « J’ai mon épicerie et ma vie ici. Mais ce n’est pas grave, je laisse ça derrière moi. Ce qui importe c’est d’aller me battre pour mon pays. »

L’armée éthiopienne a subi d’importants dégâts en huit mois de guerre et cherche par tous les moyens à recruter. La ville d’Addis-Abeba a de son côté mobilisé ses ressources pour aider les soldats, comme nous l’explique Abdi Tsegaye, le porte-parole de la mairie : « Nous envoyons des recrues, nous faisons des dons. Par exemple, la ville investi 10 millions d’euros pour soutenir l’armée. La contribution de notre administration est totale. »

Getachew est l’un de ces fonctionnaires d’Addis-Abeba qui donne un mois de salaire à l’armée. Ce matin, il est également venu donner son sang : « Je suis même prêt à devenir soldat s’il le faut. J’aime mon pays. Je suis patriote. L’armée c’est très important pour défendre un pays. Donc je me tiens prêt à rejoindre notre armée. »

La conscription des jeunes s’est aussi étendue à l’Oromia, la plus grande région éthiopienne.


Pour le chercheur indépendant René Lefort, cette mobilisation populaire sur une base ethnique ne va entraîner que davantage de violence et de haine en Ethiopie, alors que son efficacité militaire est négligeable. Pour lui, ce geste du Premier ministre Abiy Ahmed ressemble surtout à un dernier recours.

Le problème, c’est qu’on ne voit absolument pas comment ces forces tout à fait disparates, absolument pas entraînées, et totalement sous-équipées, pourraient réussir contre les forces rebelles du Tigré ce que l’union des forces fédérales et des forces érythréennes n’ont pas réussi.

René Lefort, chercheur indépendant

C’est l’ultime solution qui n’en est pas une d’ailleurs. L’armée régulière fédérale et l’armée régulière érythréenne ont été battues par les forces rebelles du Tigré. L’armée régulière éthiopienne n’existe plus. Donc on opère une espèce de mobilisation générale. Tous au front ! Avec des recrutements qui sont d’ailleurs soit volontaires, soit forcés. Le problème, c’est qu’on ne voit absolument pas comment ces forces tout à fait disparates, absolument pas entraînées, et totalement sous-équipées, pourraient réussir contre les forces rebelles du Tigré ce que l’union des forces fédérales et des forces érythréennes n’ont pas réussi. C’est une mesure qui sur le plan militaire, n’a aucune chance d’aboutir, à renforcer le rapport de force militaire, ou au moins , à contenir l’avancée des forces tigréennes.

Selon le chercheur, Abiy Ahmed, est prisonnier d’une logique irrationnelle.

Pour moi, le Premier ministre est enfermé dans sa bulle religieuse, d’extrémiste religieux. Il est convaincu, comme le disait un diplomate, qu’il reçoit ses ordres directement de Dieu, et donc je pense que de façon totalement irrationnelle, espère un miracle. Je ne vois pas d’autres raisons qui puissent expliquer son attitude. Le fait nouveau, c’est que visiblement, il n’est plus suivi par une partie importante de son entourage, et donc il est de plus en plus isolé.

Les forces rebelles du Tigré sont entrés en territoire Afar et mènent des combats aujourd’hui hors du Tigré. Pour René Lefort, leur stratégie semble évidente.

Les Tigréens, leur objectif numéro 1, c’est d’arrêter le siège, le blocus du Tigré, où il faut le savoir, aucune aide alimentaire ne parvient, où les banques sont fermées, où le téléphone et internet sont coupés, où les salaires ne sont plus payés, etc. C’est vraiment un siège. Leur premier objectif, c’est de conquérir une petite ville qui s’appelle Mile, et qui est au carrefour des routes qui vont depuis l’Éthiopie à Djibouti. Or 90% des importations éthiopiennes viennent de Djibouti. Donc à mon avis, il s’agit pour eux d’étrangler Addis Abeba, et essayer d’obtenir ainsi l’émergence d’une forces suffisante à Addis Abeba pour dire : « On arrête cette folie ! »

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