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Burundi: une vingtaine de morts dans une embuscade prenant pour cible des véhicules civils

C’est un véritable déchaînement de violences inouïe qui s’est passé le samedi 26 juin au soir au centre du Burundi. Un groupe armé non identifié a tendu une embuscade aux véhicules qui circulaient sur la route nationale n°2 qui relie Bujumbura à Gitega, la nouvelle capitale du pays. Le bilan est lourd, de 15 à 20 civils tués, certains ont été brulés vifs de sang-froid.

L’embuscade a eu lieu dans la commune de Rutegama, dans la province de Muramvya, à quelque 70 kilomètres à l’est de Bujumbura, aux environs de 20 heures, heure locale (18h TU). Des assaillants lourdement armés ont coupé la route avec des pierres en plein milieu de la chaussée, obligeant les véhicules à s’arrêter. Ils se sont alors mis à tirer à bout portant sur les premiers arrivés notamment deux véhicules de transport.

Puis les assaillants ont aspergé d’essence ces deux véhicules où il y avait encore une douzaine de personnes en train de crier et de pleurer, avant d’y mettre le feu, selon le témoignage de rescapés, qui décrivent une scène « d’une grande cruauté ». Au final, treize personnes ont été brûlées vives dans les deux véhicules, entre 3 et 5 ont été tuées par balles et quinze autres blessées. Ces assaillants se sont repliés une dizaine de minutes plus tard, en tuant deux personnes qui ont eu le malheur de croiser leur route un kilomètre plus loin, avant que les secours n’arrivent sur place.

Interrogation autour des assaillants

Pour l’instant, l’identité de ces assaillants reste un véritable mystère, aucun groupe rebelle burundais n’a revendiqué la paternité de cette embuscade. Ce dimanche, le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique a confirmé dans un tweet l’embuscade, qu’il a qualifié de « terrorisme », sans plus de détails.

De telles embuscades sont de plus en plus fréquentes au Burundi. Douze personnes avaient été tuées dans les mêmes circonstances le 9 mai dernier, sur le même axe routier. Aucun assaillant n’avait été arrêté sur le coup. Puis vendredi dernier, le porte-parole du ministère ayant en charge l’Intérieur, Pierre Nkurikiye, avait annoncé l’arrestation des responsables de l’attaque de mai et d’autres attaques similaires qui l’avaient précédée, en pointant du doigt des retraités ex-FAB, membres de l’ancienne armée alors dominée par la minorité tutsie.

Depuis samedi soir, le principal parti d’opposition, le CNL d’Agathon Rwasa, déplore l’arrestation d’une dizaine de ses militants dans la commune de Rutegama. L’opposition et la société civile accusent les autorités de chercher à instrumentaliser la question ethnique, mais aussi de profiter de l’occasion pour réprimer les opposants politiques, en parlant de leur côté d’attaques qui seraient liées aux dissensions internes au sein du parti au pouvoir.

Des complicités ?

L’autre question qui revient souvent dans les conversations sur les réseaux sociaux est celle de savoir où diable se volatilisent à chaque fois ces assaillants, notamment dans la commune de Rutegama où le groupe compterait une vingtaine de personnes fortement armés, selon une source sécuritaire.

Difficile pour eux de passer inaperçu dans cette zone fortement peuplée où chaque colline est quadrillée chaque nuit par les comités mixtes de sécurité, en réalité des dizaines d’Imbonerakure, membres de la Ligue des jeunes du parti au pouvoir que l’ONU a qualifiée de milice. Certains parmi eux sont armés et dotés de moyens de communication, « impossible de se faufiler dans ce maillage sans bénéficier de complicité », estime notre source.

Dernière question enfin, celle de savoir où peut bien se cacher entre deux coups et depuis plus d’une année un groupe aussi important. À moins qu’il n’y ait plusieurs bandes opérant chacune dans son secteur, a pointé notre source.

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