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Miss Taxi, une ONG pour faire une place aux femmes dans le secteur des transports au Ghana

Au Ghana, la route est encore majoritairement réservée aux conducteurs. Mais depuis 2013, Esenam Nyador, aussi connue sous le nom de Miss Taxi, se bat pour faire une place aux femmes dans le secteur des transports. Portrait.

De notre correspondante à Accra,

Au volant de son imposant SUV noir, qu’elle appelle son « bébé », Esenam Nyador ne passe pas inaperçue dans les rues d’Accra. La conductrice de 43 ans a les cheveux bleus coupés courts et un rire sonore. Elle l’admet volontiers : il faut une forte personnalité et de l’obstination pour trouver sa place dans cet univers encore très masculin.

« Après mon diplôme, en 2012, j’ai décidé de devenir conductrice de camion-benne, raconte-t-elle. J’ai cherché dans toute la ville un conducteur expérimenté qui pourrait me prendre en apprentissage. Mais ils me disaient “Non, ce n’est pas pour toi. Trouve-toi quelque chose de féminin à faire.” Donc j’ai décidé de revoir mes ambitions à la baisse et de devenir conductrice de taxi. Au moins, je n’avais besoin de la permission de personne pour ça. »

À l’époque, elles ne sont que quatre femmes taxi à conduire dans la capitale. Esenam Nyador prend alors le pseudonyme de Miss Taxi et s’impose rapidement auprès d’une clientèle haut de gamme, malgré l’hostilité de ses confrères. En 2018, elle décide de faire évoluer Miss Taxi, qui devient une ONG.

« Miss Taxi a pour mission d’aider à accroître le pourcentage de femmes dans le secteur des transports routiers. On prend des jeunes femmes diplômées de l’université, on leur donne une formation de conductrices professionnelles, et puis on les met en relation avec des employeurs progressistes, pour que leurs compétences deviennent un métier et leur apporte un revenu. »

Hannah Nkum est l’une des dernières recrues de Miss Taxi. À 34 ans, la jeune femme travaille comme femme de ménage chez une famille fortunée, et prend des leçons de conduite le matin avant sa journée de travail, de 7h à 9h. Grâce à sa formation chez Miss Taxi, elle espère pouvoir se reconvertir bientôt.

« J’aimerais pouvoir trouver un travail de conductrice, pour une société ou pour une famille, peu importe. Quand j’étais petite, quand je voyais une dame conduire, je me disais : « Un jour, moi aussi je saurai conduire. » J’aimerais que toutes les femmes aient cette chance », confie la jeune apprentie conductrice.

En trois ans d’existence, Miss Taxi aura formé d’ici la fin de l’année 130 femmes au métier de conductrice professionnelle, mais aussi de chauffeuses de bus et même de poids lourds. Une victoire au goût de revanche sur ceux qui l’en disaient incapable.

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