Site icon LE JOURNAL.AFRICA

La nouvelle vie des caravaniers

À Chinguetti, en Mauritanie, une exposition de photographies revient sur les routes des caravanes africaines. Ces transports à dos de chameaux ont traversé les siècles autant que les déserts ! Des convois de marchandises aujourd’hui remplacés par les camions. Mais un phénomène inattendu, ou plutôt une richesse inattendue pourrait bien leur donner une seconde vie : les mines d’or !

Du sel et des dattes, voilà ce que les dromadaires transportent encore aujourd’hui. Ces convois et leurs conducteurs, essentiellement des Touaregs du Niger, sont beaucoup plus lents que les camions, mais pour des produits non fragiles, qui ne se périment pas, ils coûtent bien, bien moins cher.

Alors comme le dit l’écrivain et chercheur algérien Saïd Bouterfa, quand on est un petit commerçant du Niger, du Nigeria, de l’Algérie ou du Mali, on a tout intérêt à préserver. Sa passion pour les caravaniers l’a fait écrire sur ce quelque chose très particulier, porté à dos de chameau durant des siècles : le savoir.

« Le déclin des caravaniers du désert a commencé avec l’apparition des moteurs et des routes, raconte Saïd Bouterfa. Mais avant cette époque, ils étaient de véritables poumons économiques des villes. Ils partaient de la rive sud de l’Afrique vers le Maghreb, mais aussi vers l’Afrique du Sud ».

Des convois semblables à des villes ambulantes

Dans les convois, il pouvait y avoir deux mille chameaux ! C’étaient de véritables villes ambulantes avec des métiers très différents : chameliers, juristes, gardes de sécurité voyageant ensemble pendant des mois, voire un an complet.

Outre les plumes d’autruche, les dattes, le sel, le savoir s’est transmis de village en village. L’époque des caravaniers a développé la transmission des livres dans une sorte de transport parallèle aux marchandises. Ces manuscrits circulaient de région en région dans toute l’Afrique. Cela a contribué à l’essor de villes intellectuelles comme Chinguetti, en Mauritanie.

L’or, l’avenir des caravanes

Le désert à présent vaut de l’or. C’est justement la découverte de nouvelles mines d’or au Niger qui pourrait relancer l’existence des caravaniers. Chercheur expert de l’économie du désert africain à l’IRD (l’Institut français de recherche et développement), Laurent Gagnol en est persuadé.

« C’est une reconversion inattendue pour les dromadaires des caravanes », explique-t-il. « Les animaux sont employés pour transporter le minerai issu des puits et des galeries aurifères des montagnes de l’Aïr, au Niger. Les sacs sont descendus par chameaux jusqu’aux camions garés dans les vallées. Comme il n’y a pas de routes praticables, seuls les animaux peuvent en assurer le transport. »

La fin programmée des caravanes

Les centres de traitement de l’or (au cyanure et au mercure) sont à plusieurs centaines de kilomètres des mines. La raison principale est que ce traitement nécessite beaucoup d’eau. Une fois les dromadaires remontés dans les montagnes pour aller chercher d’autres sacs d’or, il faut organiser le transport du minerai aurifère. Le gouvernement nigérien fait escorter les camions par l’armée.

On trouve des usines de traitements à Chani et Zouerate en Mauritanie, à Agadez au Niger ou encore à Kidal au Mali. Il est fort probable qu’une fois les mines d’or épuisés, les transports par dromadaires disparaissent, eux aussi, ou ne fonctionnent que pour de petits commerçants locaux.

La Transsaharienne, 10 000 km de route à terminer

Quant au projet de cette fameuse Transsaharienne, cette route goudronnée au travers du désert (partant de Lagos au Nigeria jusqu’à Alger) elle est toujours d’actualité. Début mars, les six pays concernés, la Tunisie, l’Algérie, le Mali, le Tchad, le Niger, le Nigeria se sont réunis en Algérie. Le Conseil algérien Économique, Social et Environnemental a relancé l’urgence de ce corridor commercial.

Près de 10 000 km qui accéléreraient le transport entre l’Afrique et l’Europe. À condition, et c’est loin d’être le cas (des tronçons entiers restent de terre et de sable, d’autres en piteux état sont pleins de nids de poule), que chaque gouvernement se décide à en finir les travaux.

Menace terroriste, corruption, contrebande de cigarettes…

Les obstacles sont nombreux. Permanence de menaces terroristes, corruption de fonctionnaires, de militaires et la contrebande (notamment de cigarettes) sont autant de facteurs qui empêchent cette longue route Transsaharienne d’aboutir.

Il y aurait moins d’accidents de la route, leurs populations insatisfaites cesseraient de protester. Le commerce serait plus rapide et plus fluide, donc plus rentable.

Quitter la version mobile