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[Reportage] Burkina Faso: ceux qui doivent tout quitter à cause du terrorisme

Chaque jour ou presque, le Burkina doit faire face à des opérations jihadistes, en particulier dans le nord du pays. Des attaques dont le rayon d’action s’étend d’ailleurs rapidement. Au départ, ces opérations visaient essentiellement les forces de défense et de sécurité, ainsi que les symboles de l’État. Mais aujourd’hui les civils ne sont plus épargnés. Depuis le début de l’année, plus de 300 000 Burkinabè ont dû quitter leur maison et partir vers le sud pour fuir les violences. Reportage dans la localité de Yagma, à quelques kilomètres au nord de Ouagadougou.

Belem Boureima porte fièrement ses 74 ans. Il y a plusieurs semaines, cet éleveur a estimé que le moment était venu. Rassemblant le peu d‘argent qu’ils avaient et ce qu’ils pouvaient emporter, la quarantaine de membres de cette famille ont quitté leur village, situé à 70km de Djibo, la grande ville du nord, et trop régulièrement visité par les « assaillants ».

« Ils venaient armés sur des motos. Ils sillonnaient la localité. Tout le monde avait peur. On était obligé de partir parce qu’on ne savait pas à quoi s’attendre. Au début, les attaques, ça ne nous concernait pas. Mais après ça a commencé à toucher les populations civiles. Tout le monde était pris pour cible. C’est pour ça qu’on a dû partir avec femmes et enfants pour trouver un refuge. »

Au terme d’un périple de deux jours, le clan de Belem Boureima a échoué à Yagma à une demi heure de Ouaga. Ici ils n’ont plus de lopin à cultiver, plus d’animaux à élever. Sur cette terre granitique, les femmes ramassent les graviers pour les revendre 1 000 francs le tas, et payer ainsi la nourriture des enfants.

« C’est désespérant de se retrouver dans cette situation, mais on n’avait pas le choix. Mieux vaut être vivant en attendant de l’aide, que de rester à Djibo et mourir.
Ici nous n’avons plus rien. Nous sommes démunis. Tout ce qu’on espère c’est un peu d’aide des autorités et de toute personne de bonne volonté.
 »

Belem Boureima et les siens ont été accueillis sur sa concession par Zongo Na Bozwendé, un retraité modeste désigné tuteur. Ils espèrent une aide de l’État ou d’une ONG qui pour l’instant, n’est toujours pas venue.

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