Site icon LE JOURNAL.AFRICA

Le Bénin affecté par la fermeture de sa frontière avec le Nigeria

Seize jours après la fermeture des frontières terrestres entre le Bénin et le Nigeria, les effets sont là. Tout est affecté, la vie quotidienne, les affaires, le trafic. À Sèmè-Kraké, la plus importante frontière terrestre entre les deux pays, camions et marchandises sont interdits depuis le 20 août dernier. Les autorités nigérianes, furieuses de voir déversés sur leur territoire des produits alimentaires interdits comme le riz, viandes et abats congelés venant du Bénin, ont pris cette initiative. Une fermeture qui pénalise les échanges commerciaux et ceux qui l’animent. Côté Bénin, les dégâts commencent à peser.

Sèmè-Kraké concentre le gros des échanges qui passe par voie terrestre avec le Nigeria. Ce poste frontalier, réputé très dynamique pour toutes sortes de business et trafics, est très affecté. Personne n’est épargné.vLes vendeuses de fruits ont été les premières pénalisées. « Tous les ananas ont pourri et sont restés là, au sol. C’est une lourde dette qui me tombe dessus », déplore l’une d’entre elles.

Nestor est cambiste (opérateur de change), ce sont les plus sollicités en temps normal. Plus rien ne marche dit-il : « Tout est à l’eau, on ne vend plus rien, tout est bloqué. Ce que j’ai perdu maintenant, je ne peux même pas vous le dire. Tout le monde crie. »

Séverin Gnonlonfoun fait partie des 500 camionneurs bloqués, il raconte : « J’ai chargé des couches de bébé. Je ne m’étais pas préparé à vivre cette situation. J’ai dû emprunter de l’argent pour nourrir mes deux apprentis. Que le Bénin et le Nigeria se comprennent. »

Fermée par surprise, personne ne sait quand la mesure sera levée. Lorsque les présidents Talon et Buhari se sont rencontrés au Japon, l’idée d’un sommet élargi au Niger aurait été évoquée. De sources bien informées, le Nigérian a commandé un rapport sur le sujet. Quant à Patrice Talon, il a mis en place un comité de crise.

Des effets côté Nigeria

D’après le président Buhari, cette mesure aurait été motivée par les activités massives de contrebande, notamment de riz, opérées sur ce corridor. Cette situation représenterait une menace pour la politique d’autosuffisance alimentaire mise en place par le gouvernement nigérian. Un choix qui aura cependant des conséquences pour les consommateurs du Nigeria également car le prix du riz risque d’augmenter. L’analyse de Philipp Heinrigs, économiste au club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE :

« On n’a peut-être pas assez pris en compte les conséquences sur le consommateur parce que dans beaucoup de ces décisions, c’est surtout au niveau de la production et de la transformation qu’on regarde. On oublie les conséquences sur le consommateur, notamment les pauvres qui vont devoir payer plus cher leur nourriture. Il faut aussi voir s’il y a assez de capacités de transformer un riz produit localement ? Est-ce qu’il y a assez d’infrastructures pour produire le riz ? Tout ça ce sont des décisions, des investissements qui demandent une certaine durée pour être mis en place. Avec une fermeture de frontière sur une période limitée, on n’arrive pas à inciter réellement le secteur privé à considérer ça comme structurellement important pour influencer des politiques ou des décisions financières.

Quitter la version mobile