Site icon LE JOURNAL.AFRICA

Madagascar: Rijasolo, photographe emblématique de la Grande Île [Rencontre]

Il est l’un des photographes contemporains les plus talentueux de Madagascar. Depuis plus de dix ans maintenant, Rijasolo donne à voir sa Grande Île dans le monde entier grâce à ses nombreuses collaborations avec la presse internationale. Le quadragénaire se plaît aussi à raconter sa propre intimité à travers ses clichés. Il donnait mercredi 31 août, à Antananarivo, une conférence sur son travail photographique et sur la frontière ténue qui coexiste chez lui entre le récit visuel des faits et une dimension artistique revendiquée.

Des sujets en mouvement. Des jeux d’ombres et de lumières. Un détail qui crée la surprise. Formé au photojournalisme à Paris en 2007, Rijasolo s’est construit un style propre, nourri de courants photographiques variés – les années 70 des Américains Michael Ackerman, David Alan Harvey ou Alex Webb, les années 90 du Russe Igor Posner ou du Slovène Klavdij Sluban. « Je me considère comme un photographe témoin de l’époque, de ce qui se passe ici à Madagascar. Mais en émettant toujours cette subjectivité qui est importante pour moi, et qui fait que je suis un auteur », nous explique t-il.

Se raconter…

L’an dernier, en pleine période de manifestations violentes contre le régime, une de ses photos devient virale sur les réseaux sociaux et contribue à accroître un peu plus sa renommée. « J’ai pris cette photo le 21 avril 2018. J’étais en commande pour l’AFP [Il est photoreporter officiel pour l’Agence France Presse, NDLR]. La police anti-émeute dégageait tout le monde avec des gaz lacrymogènes. Et je vois cet homme courant dans des nuages de gaz lacrymo avec le drapeau malagasy dans les mains. Je prends la photo. Pour moi, c’était une photo de reportage pur et dur. Mais elle est devenue emblématique pour beaucoup de gens qui ont considéré qu’elle représentait Madagascar qui court à sa perte, en fuite dans les gaz lacrymogènes. Elle a un aspect très artistique. Et j’ai été très surpris quand le groupe de rock The Dizzy Brains m’a demandé d’acheter cette photo pour faire la couverture de leur 2ème album. Pour moi ça a été une consécration car la photo est passée du rang de photographie d’information au rang de photographie d’art. »

Un rendu artistique qui l’a conduit cette année à gagner le prix Paritana (prix d’art africain contemporain à Madagascar). Ce mercredi, devant son public, Rijasolo a confié vouloir se concentrer de plus en plus vers la photographie d’auteur, pour se raconter à travers ses clichés.

Quitter la version mobile