À Uvira, les violences sexuelles connaissent une hausse inquiétante, avec plus de 1 100 cas enregistrés en seulement trois mois. Cette progression rapide met en lumière une crise profonde, aggravée par un accès limité aux soins pour les survivantes. Faute de prise en charge adéquate, de nombreuses victimes restent sans assistance. Face à l’ampleur du phénomène, les acteurs locaux appellent à une mobilisation urgente.
La situation des violences sexuelles dans la zone de santé d’Uvira suscite une vive inquiétude. D’après les dernières données sanitaires, 1 129 cas de viol ont été enregistrés entre décembre 2025 et février 2026, révélant une tendance en nette hausse qui alarme les professionnels de santé et les acteurs de la société civile.
Selon l’infirmier superviseur de la zone, Bitahwa Bonde Gwissi, cette évolution traduit une aggravation progressive du phénomène. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 183 cas ont été recensés en décembre, 320 en janvier, avant de grimper à 626 cas en février.
« Nous faisons face à une recrudescence réelle des violences sexuelles dans notre zone de santé », souligne-t-il.
Au-delà de cette hausse préoccupante, un autre défi majeur persiste : l’accès limité aux soins pour les survivantes. À peine 30 % d’entre elles auraient pu bénéficier des kits PEP (prophylaxie post-exposition), indispensables pour prévenir les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, ainsi que les grossesses non désirées.
« De nombreuses survivantes n’accèdent pas à ces kits dans les délais requis, ou les structures en manquent tout simplement », regrette Bitahwa Bonde Gwissi.
Le témoignage d’une victime rencontrée dans un quartier périphérique d’Uvira illustre cette réalité. Agressée en février, elle s’est rendue dans un centre de santé plusieurs jours après les faits, sans toutefois recevoir l’assistance nécessaire.
« Je suis arrivée à l’hôpital avec beaucoup d’angoisse. On m’a dit qu’il n’y avait pas de médicaments. Je suis repartie sans aide », raconte-t-elle, encore marquée par l’épreuve.
Comme beaucoup d’autres, son cas met en évidence les insuffisances du système de prise en charge, dans un contexte de ressources limitées.
Les acteurs locaux redoutent par ailleurs que ces chiffres soient en deçà de la réalité. De nombreux cas ne sont pas signalés, notamment en raison de la stigmatisation, de l’insécurité et des difficultés d’accès aux services de santé.
Ces statistiques ont été présentées la semaine dernière lors d’un atelier de sensibilisation organisé par l’Union des Femmes des Médias pour la Paix (UFMP) Sud-Sud-Kivu. Cette rencontre a permis de mobiliser les parties prenantes autour de la nécessité d’une réponse coordonnée face à ce fléau.
Pour Abigael Bitendo, coordinatrice de l’organisation GAD, la situation est d’autant plus critique qu’elle s’inscrit dans un contexte déjà fragile.
« Nous observons une augmentation des cas dans un environnement précaire. Il est urgent de renforcer la sensibilisation et les mécanismes de protection », insiste-t-elle.
Dans cette dynamique, l’UFMP Sud-Sud-Kivu a lancé, depuis début mars, une campagne de lutte contre les violences basées sur le genre dans les zones de santé d’Uvira et de Ruzizi. Prévue pour trois mois, cette initiative vise à renforcer la prévention, encourager la dénonciation et améliorer la prise en charge des victimes.
Plusieurs actions sont prévues :
- la diffusion de messages de sensibilisation incitant à dénoncer les violences sexuelles et à orienter les survivantes vers les structures de santé dans un délai de 72 heures ;
- la publication de contenus de sensibilisation en ligne ;
- l’organisation de formations destinées aux relais communautaires, aux responsables de sites de déplacés, au personnel soignant et aux journalistes.
À travers cette campagne, les initiateurs espèrent briser le silence autour des violences sexuelles et faciliter l’accès des survivantes aux services essentiels. Néanmoins, face à l’ampleur du phénomène, ils appellent à une mobilisation collective urgente pour inverser la tendance et restaurer la dignité des victimes.
Joséphine Mungubi

