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RDC: Six ans après le découpage, “le déficit de leadership” a freiné le décollage de certaines provinces (Matata Ponyo)

En RDC, le découpage territorial a eu lieu en 2015. Six ans après, faut-il parler de réussite ou d’échec? Dans une tribune qu’il a signée, Augustin Matata Ponyo a donné clairement son point de vue dans le mensuel de Congo Challenge d’avril 2021.

De prime abord, l’ancien Premier Ministre sous le règne de qui était intervenu le démembrement de la RDC soutient que ce processus avait comme impératif l’article 2 de la Constitution.

Dans sa réflexion, Matata Ponyo a rappelé les tendances qui se sont dégagées à l’approche du démembrement de la RDC. Pour certains, explique-t-il, « c’était pour des objectifs politiques visant à anéantir certains gouverneurs devenus puissants et ambitieux du fait du poids économique des provinces qu’ils dirigeaient ; pour d’autres, c’était pour des objectifs purement socioéconomiques cherchant à garantir le développement harmonieux des provinces ». Pour l’ancien Premier Ministre, « quelles que soient les variables d’ordre politique qui se seraient glissées dans la résolution rapide de l’équation du découpage, celui-ci demeurait incontournable au regard des défis majeurs du développement des provinces.»

Le Sénateur Matata soutient dans sa tribune que « le découpage de ce vaste pays qui vaut 80 fois la Belgique et 5 fois la France, était très attendu et accepté par la majorité de la population». Pour lui, «l’une des raisons principales de ce découpage était de rapprocher les administrés des dirigeants au regard de l’étendue de toutes les provinces.»

Au sujet des résultats du découpage territorial six ans après, l’ancien Premier Ministre s’est exprimé en ces termes: « À l’exception de quelques provinces bénéficiant principalement des retombées de l’exploitation de ressources minières comme le Lualaba, l’Ituri, le Haut-Katanga, le Nord Kivu, le reste des provinces, y compris Kinshasa, n’ont pas connu de réels progrès». Il justifie cet état des choses par «le déficit de leadership et de gouvernance.»

Bien qu’il estime que le processus du découpage territorial était opportun, Matata Ponyo reconnaît que certaines provinces n’ont pas réussi à décoller. À la question de savoir à qui imputer la responsabilité, il a répondu comme suit : « À l’époque, au moment du découpage, je l’avais déjà dit: ‘’le découpage est pertinent, mais tout dépendra du type de Gouverneur que l’on désignera à la tête de chaque province’’. Or, il s’observe que le choix de Gouverneurs de provinces demeure globalement déficient », a-t-il soutenu. Il a poursuivi en disant : « Au lieu de privilégier le critère de compétence, le choix des Gouverneurs est basé, pour l’essentiel, sur des critères subjectifs tels que : militantisme, témérité, affairisme, fraternité, amitié, etc. La plupart d’entre eux n’ont jamais géré auparavant même une petite structure, qu’elle soit privée ou publique. Certains Gouverneurs n’ont jamais vécu dans les provinces avant de les diriger. Et sauf exception, les Gouverneurs ne vivent pas avec leurs familles en provinces.»

S’agissant particulièrement de la gouvernance financière, Augustin Matata dit: «il est de notoriété publique, que les comptes des provinces, sauf quelques cas, sont généralement mal gérés. Les régies financières créées dans chaque province constituent plutôt des caisses d’assistance politique et privée que d’agences d’appui au développement. Les ressources rétrocédées du Gouvernement central sont gérées de manière inefficiente qu’il est difficile de savoir à quoi elles servent effectivement.»

À propos de l’administration territoriale, Matata Ponyo recommande « qu’il faut absolument replacer la gestion des provinces dans la logique de développement. Sinon, pourquoi avoir découpé les provinces si la réforme est loin d’apporter le progrès économique de ces dernières ? Les candidats Gouverneurs doivent être choisis en fonction de leur compétence, expérience et intégrité. Ils doivent avoir une vision claire et des objectifs précis pour le développement de leurs provinces respectives en cohérence avec la vision et les objectifs de développement globaux du pays.»

En somme, l’ancien Premier Ministre pense que «le découpage des provinces était une décision politiquement judicieuse et qu’elle le demeurera vu sous l’angle du développement économique.» Matata Ponyo ne se gêne pas d’affirmer que «toutes les provinces découpées sont riches. Aucune d’entre elles n’est potentiellement pauvre, contrairement à ce que l’on veut faire croire à la majorité de la population pour justifier des politiques économiques inappropriées, mais aussi pour des raisons de propagande politique. La pauvreté reste plutôt dans le type de leadership et de gouvernance.» Il souligne dans sa conclusion que «le jour où le choix des Gouverneurs sera basé sur des objectifs de développement économique et non sur des considérations politiques, la gestion des provinces sera compétitive et cotée sur base des résultats socio-économiques obtenus que sur le militantisme politique, le progrès économique de toutes les provinces sera inéluctable et rapide, tout comme celui de la RDC en général. En effet, on ne peut pas d’une part, rechercher le développement de la RDC, et d’autre part, œuvrer de manière inconsciente au sous-développement de ses provinces.»

Junior Ngandu

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