Les Pygmées d’Eringeti (Nord-Kivu), chassés de leur forêt par les attaques des rebelles ADF, vivent dans l’angoisse et la précarité. Accusés de vols par les agriculteurs locaux, ils implorent les autorités pour un retour sécurisé à leur milieu vital. La paix est cruciale pour leur survie.
Installés dans le groupement Bambuba Kisiki, les Pygmées d’Eringeti sont confrontés à une crise sans précédent. La forêt, qui constitue le cœur de leur identité et leur principale source de subsistance, est devenue inaccessible à cause des violences perpétrées par les rebelles ADF. « Nous ne pouvons plus cultiver nos champs ni chasser dans la forêt à cause de l’insécurité », déplore Isaka Lumande, un leader de la communauté pygmée.
Dans plusieurs localités, la tension est palpable. « Nous avons repéré des traces de pas et des signes de présence ennemie près de nos pièges de chasse. La peur nous paralyse », confie-t-il.
Pour les Pygmées, la forêt n’est pas seulement un espace de ressources : elle est leur foyer, leur patrimoine et leur moyen de survie. La chasse, la cueillette et la vente de gibier ou de produits forestiers leur permettent de nourrir leurs familles et de générer des revenus.
« La forêt nous appartient, elle fait partie de notre identité. Nous en sommes les gardiens légitimes », martèle Isaka Lumande. Être privés de cet espace ancestral les plonge dans une détresse profonde, tant sur le plan matériel que culturel.
Une précarité croissante et des tensions communautaires
L’insécurité persistante a forcé de nombreuses familles pygmées à quitter leurs campements traditionnels pour se réfugier dans des zones plus peuplées, où elles vivent dans des conditions de précarité extrême. Cette situation a exacerbé les tensions avec les agriculteurs locaux, souvent issus d’autres communautés, qui accusent les Pygmées de voler des récoltes, notamment du cacao, du manioc ou des bananes.
Ces accusations, bien que parfois fondées dans un contexte de désespoir, traduisent un malentendu profond entre les groupes. « Nous sommes poussés à la misère. Sans accès à la forêt, certains d’entre nous n’ont plus d’autre choix pour survivre », explique Isaka Lumande avec amertume.
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Cette précarité a également des conséquences sociales et économiques. Les Pygmées, traditionnellement dépendants de la forêt, se retrouvent marginalisés, sans accès à des terres cultivables ou à des opportunités économiques alternatives. « Nous voulons cultiver nos propres champs, planter des bananiers, des maniocs, et reprendre nos activités traditionnelles. Mais sans sécurité, c’est impossible », ajoute-t-il.
Selon lui, la fin de la guerre permettrait de désamorcer ces tensions communautaires et de restaurer une coexistence pacifique avec les autres habitants de la région.
Un appel urgent aux autorités
Face à cette situation critique, la communauté pygmée adresse un appel vibrant aux autorités congolaises, aux forces armées (FARDC) et à leurs partenaires ougandais (UPDF), qui mènent des opérations conjointes contre les ADF dans la région. « Nous demandons aux militaires de patrouiller dans les forêts et de neutraliser la menace des ADF pour que nous puissions y retourner en sécurité », plaide Isaka Lumande.
Il insiste sur la nécessité d’une action coordonnée pour sécuriser non seulement les villages, mais aussi les zones forestières reculées, où les rebelles trouvent souvent refuge. Les Pygmées soulignent que leur lien avec la forêt va bien au-delà de la subsistance. « La forêt, c’est notre culture, notre histoire, notre dignité. Sans elle, nous perdons notre identité », explique un autre membre de la communauté, qui préfère rester anonyme par peur de représailles.
Ils rappellent également que la chasse et la cueillette ne sont pas seulement des moyens de survie, mais aussi des pratiques transmises de génération en génération, essentielles à leur cohésion sociale.
Tant que les ADF continueront de sévir dans la région, les Pygmées d’Eringeti resteront prisonniers d’un cycle de précarité, de peur et de marginalisation. Les conflits avec les agriculteurs risquent de s’intensifier, aggravant les divisions communautaires dans une région déjà fragilisée par des années de violence. Les leaders pygmées appellent à une intervention rapide et concertée pour rétablir la sécurité, non seulement pour leur communauté, mais pour l’ensemble des habitants du territoire de Beni.

