Près de 20 000 réfugiés congolais ont exprimé leur souhait de retourner volontairement du Burundi vers la République démocratique du Congo. Ce retour est organisé sous la coordination du HCR, en collaboration avec les autorités des deux pays. Il s’inscrit dans un contexte de forte pression humanitaire, marqué par d’importants déplacements de populations ayant fui les combats dans l’est de la RDC entre la rébellion du M23 et les FARDC. Le programme a déjà débuté avec le départ d’un premier convoi de 462 personnes.
Le processus de retour des réfugiés congolais installés au Burundi, principalement au site de Busuma, connaît une accélération significative. D’après le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), près de 20 000 réfugiés se sont déjà enregistrés pour un rapatriement volontaire vers la République démocratique du Congo. Ces inscriptions ne résultent pas d’un mouvement spontané, mais d’un processus progressif.
Face à l’ampleur des inscriptions, le HCR veille à maintenir le caractère volontaire des retours. Des entretiens individuels sont menés avec chaque candidat afin de s’assurer qu’aucune pression n’influence sa décision. « Le retour doit rester un choix libre, éclairé et digne », souligne Brigitte Mukanga Eno, rappelant que les réfugiés sont informés des réalités sur le terrain avant leur départ.
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Les motivations de retour sont variées notamment la volonté de retrouver un cadre de vie familier, difficultés liées à l’exil prolongé, ou encore perspectives limitées dans les sites d’accueil. « Le climat, d’abord, ici nous a compliqués. Il y a les maladies, il y a beaucoup de morts », a indiqué à TV5Monde Luc Birikoko, réfugié congolais du site de Busuma, originaire de Luvungi, dans le Sud-Kivu.
Pour Promesse Bahati, le désir de retrouver ses parents est très fort. « Je ne vois ni ma mère ni mon père. Je ne leur parle pas, je n’ai pas leur numéro de téléphone. Je souffre beaucoup», précise-elle.
462 réfugiés congolais ouvrent la phase de rapatriement depuis Busuma
Le premier convoi de 462 personnes a été rapatrié le jeudi 23 avril 2026, marquant le lancement effectif de l’opération. Parti du site de Busuma, dans la province de Buhumuza, ce groupe a été conduit vers le centre de transit de Kavimvira en RDC, avant d’être orienté vers ses zones d’origine.
Pour les acteurs humanitaires, ces premiers rapatriés constituent un groupe pilote, dont le suivi permettra d’apprécier les conditions réelles de retour et d’ajuster le dispositif si nécessaire.
Le passage de milliers d’inscriptions à des départs concrets représente un défi logistique majeur. L’organisation des convois, la préparation de l’assistance financière et la coordination avec les autorités congolaises exigent une planification rigoureuse. Dans ce cadre, des convois d’environ 1 000 personnes sont programmés pour la semaine du 27.
Le HCR prévoit un suivi rapproché des premiers rapatriés afin d’évaluer l’efficacité du dispositif et d’y apporter les ajustements nécessaires. Dans un contexte régional encore instable, cette dynamique de retour demeure fragile, mais elle constitue un indicateur important de l’évolution de la situation des réfugiés congolais.
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Dispositif d’assistance au retour et à la réintégration des ménages rapatriés
Avant leur départ, les candidats au retour reçoivent une allocation de préparation au voyage équivalente à 30 USD par personne, versée en francs burundais environ trois jours avant le départ au centre de transit. Cette aide vise à couvrir les dépenses immédiates liées à la préparation du déplacement.
Après le retour en République démocratique du Congo, les ménages rapatriés bénéficient d’une assistance humanitaire comprenant notamment une aide alimentaire pour deux mois, fournie en nature ou en équivalent monétaire selon les besoins. Un appui à l’hébergement temporaire peut également être assuré à l’arrivée, notamment via des centres de transit offrant nourriture et eau potable pour garantir des conditions minimales de dignité.
En complément, plusieurs soutiens à la réintégration sont prévus une subvention polyvalente (150 USD par adulte et 75 USD par enfant) pour les besoins essentiels et les activités économiques, une aide au logement de 100 USD par personne, un appui éducatif de 81 USD par enfant pour la scolarisation, ainsi qu’un kit d’hygiène de 46 USD destiné aux femmes de 12 à 49 ans afin de répondre aux besoins d’hygiène et de dignité.
Le Burundi accueille aujourd’hui plus de 190 000 réfugiés, majoritairement congolais, ce qui exerce une pression constante sur les capacités d’accueil et les ressources humanitaires. Dans ce contexte, le retour volontaire apparaît pour certains comme une option, parfois par choix, parfois par contrainte.
Cependant, la situation dans l’est de la République démocratique du Congo demeure instable, notamment dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Cette réalité pose la question de la durabilité des retours engagés.
Prosper Aobe

