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Michelle Bachelet : « Dans l’ensemble, il y a réduction des violations des atteintes aux droits de l’homme de 3% »

Mme Michelle Bachelet est la Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Elle est en visite en RDC depuis jeudi 23 janvier. Elle a commencé par la province de l’Ituri, où elle a notamment échangé avec le ministre des Droits humains et les membres du comité provincial de sécurité. Elle a aussi rencontré les communautés Hema et Lendu avec qui elle a échangé sur les atrocités de Djugu. A Kinshasa, elle a rencontré entre autres le Premier ministre Sylvestre Ilunga, la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda. Dans une interview exclusive qu’elle a accordée à Radio Okapi peu avant son départ, Michelle Bachelet a salué les progrès réalisés dans le domaine des droits fondamentaux. Toutefois, elle se dit préoccupée que les acteurs étatiques soient pour 54% responsables des violations répertoriées.

Radio Okapi : Vous arrivez en RDC pratiquement une année après l’alternance pacifique que le pays a connu au sommet de l’Etat. Quel est l’état des lieux que vous dressez des droits de l’Homme en RDC aujourd’hui ?

Dans l’ensemble, il y a réduction des violations des atteintes aux droits de l’homme de 3%. Mais la préoccupation que j’ai le plus est que les acteurs étatiques sont pour 54% responsables de ces violations. C’est ce qui le préoccupe le plus. Je voudrais juste parler des cas précis des Forces armées de la RDC qui sont pour 28% responsables de ces abus, de ces violations et atteintes aux droits de l’homme. Je parle des cas qui ont été vérifiés par notre staff. Je lance mon appel à l’Etat, pour que ces violations cessent et qu’il y ait des mesures qui peuvent aider à endiguer ce phénomène, ces exactions commises par les FARDC en particulier. Je voudrais aussi parler du fait qu’il y a eu augmentation des violations et d’atteintes aux droits de l’homme de l’ordre de 40% qui ont été perpétrés par les groupes armés. Ces violations sont à la hausse et il y a aussi une augmentation des violences sexuelles. Ce sont deux points essentiels sur lesquels je voudrais aussi mettre un accent.

Ce qui est aussi important, il y a eu des progrès qui ont été accomplis. Je peux parler du cas précis, des droits fondamentaux. Il y a eu une diminution de 26% des violations et atteintes aux droits fondamentaux. Je veux parles des droits à la manifestation, à la liberté de la presse. Tout ce qui touche aux droits fondamentaux. Ce sont des choses sur lesquelles il faut insister. On n’a pas vu des prisonniers politiques ou des prisonniers d’opinion. Au contraire, il y a eu une libération de ces prisonniers. Ce sont des progrès à encourager.

Le 10 janvier dernier, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a publié un rapport selon lequel « Au moins 701 personnes ont été tuées dans les conflits communautaires dans le territoire de Djugu en Ituri », entre septembre 2017 et septembre 2019. Selon ce document, la grande majorité des victimes des attaques semble avoir été visée en raison de leur appartenance à la communauté Hema. Le rapport indique qu’il pourrait s’agir de génocide ou de crimes contre l’humanité. Ce rapport a été contesté par la communauté Lendu qui le juge partial et truffé d’erreurs. Vous avez rencontré cette communauté à Bunia quelle est la réponse que vous leur avez donnée ?

Je suis allé à l’Ituri à la suite du rapport qui a été publié le 10 janvier. Sur place, j’ai parlé à toutes ces communautés. J’ai parlé aux Lendu et Hema. En ce qui concerne particulièrement les Lendu qui ont dit que ce rapport était truffé d’erreurs, je leur ai dit que nous observons une méthodologie qui est la même. Dans toutes les recherches que nous menons et dans tous les rapports que nous publions, ce sont des standards, nous vérifions les informations. Nous allons sur le terrain, recueillir des informations que nous vérifions. Je leur ai dit que ce rapport, selon moi, était objectif. Mon Bureau conjoint comme partout ailleurs font le même travail, et je crois qu’ils ont fait un bon travail. Ils ont dit qu’ils vont nous donner des informations supplémentaires, et qu’on travaillerait dessus. Ce que nous avons mis dans le rapport, ce ne sont pas seulement les attaques qui ont été perpétrées par les Lendu sur les Hema, nous avons aussi enregistré les attaques qui ont été perpétrées par les Hema sur les Lendu et nous les avons inclues dans le rapport. Je leur ai aussi dit qu’il y a des abus perpétrés par les FARDC, qui sont dans le rapport. Ensuite, je leur ai expliqué que nous sommes ouverts aux suggestions et informations supplémentaires que vous pouvez nous donner, et nous allons les vérifier et faire de tel sorte que le rapport soit beaucoup plus objectif.

Plusieurs personnalités et organisations congolaises demandent à la CPI de prendre en compte les crimes et autres exactions commis par les groupes armés nationaux et étrangers notamment dans l’Est. Quel est votre avis ?

Comme vous le savez, la justice est un élément essentiel pour tout processus de paix durable. Nous ne tolérerons aucune impunité et toutes ces personnes qui ont été auteures des crimes graves, des violations, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, ces gens doivent être traduits en justice. Et en ce qui concerne la CPI, son rôle premier est de traduire ces acteurs des violations devant la justice (…) Mais comme vous le savez, la CPI ne peut pas se substituer au gouvernement congolais. Elle vient en appoint. Il est du ressort du Congo de juger ces acteurs des crimes graves d’atteinte aux droits humains. La CPI ne peut intervenir que si un gouvernement n’a pas des ressources nécessaires ou des capacités nécessaires pour traduire ces personnes devant la justice. Ça se passa comme ça. Je voudrais aussi parler des progrès qui ont été accomplis dans le domaine judiciaire. Nous avions vu ces progrès en ce qui concerne la justice militaire, aussi bien des groupes armés, que du côté des forces de sécurité nationale, il y a eu des hauts commandants qui ont été jugés et arrêtés. Ce sont des progrès louables et nous sommes très contents de voir que dans ce domaine, le gouvernement est en train de faire un très grand progrès. Nous allons continuer à leur apporter notre assistance et notre soutien pour que ce système soit beaucoup plus renforcé et que ces auteurs des crimes graves, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, soient traduits devant la justice et répondent de leurs actes.

Les Droits de l’homme, ce sont aussi les conditions carcérales qui sont déplorables en RDC où l’on a enregistré plusieurs décès des prisonniers. Quelles sont vos recommandations de manière générale aux autorités congolaises pour améliorer le secteur des Droits de l’homme ?

La situation des prisons en RDC est une situation très préoccupante. Nous sommes au courant des conditions infrahumaines dans lesquelles les prisonniers vivent, la surpopulation carcérale, le manque de nourriture adéquate. Mais nous avons eu à parler avec le gouvernement, et ils nous ont donné des assurances que quelque chose sera fait. Ils nous ont parlé d’une initiative en place, faire le tour de toute la RDC, voir l’état des prisons ne RDC. Comme vous le savez, vous ne pouvez pas en une minute construire des prisons, ça ne peut pas se faire. Mais il y a des moyens pour diminuer cette surpopulation. On peut voir peut-être le cas par cas, les gens qui ont commis des délits mineurs, qui sont en attente d’être jugés, peut-être on peut voir comment est-ce qu’on peut libérer ces gens pour permettre à ces prisons d’avoir une population moindre. Donc, je crois que c’est une bonne initiative. Nous, nous sommes là pour leur apporter notre soutien, dans cette initiative.

Propos recueillis par Alain Irung.

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