Au cœur de l’est du Burundi, le camp de Busuma est submergé par plus de 100 000 réfugiés congolais fuyant les combats à l’est de la RDC. Des milliers dorment à la belle étoile, sans couvertures ni abris, tandis que les services alimentaires et de santé sont totalement dépassés. Face à une crise « alarmante » , une mobilisation financière urgente est réclamée pour éviter une catastrophe humanitaire majeure.
Le site de Busuma, dans la commune de Ruyigi en province de Buhumuza à l’est du Burundi, est devenu le symbole d’une urgence humanitaire sans précédent. Depuis l’escalade violente dans l’est de la République démocratique du Congo en décembre 2025, particulièrement après la prise de la ville d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23, plus de 90 000 Congolais ont fui vers le Burundi en quelques semaines, portant le total à environ 101 000 nouveaux arrivants fin 2025.
Ce flux massif a rapidement saturé les capacités d’accueil. Le site de Busuma, ouvert en urgence, accueille désormais plus de 100 000 personnes selon les derniers chiffres relevés UNHCR et ONPRA en janvier 2026. Des milliers dorment encore sous des tentes improvisées ou à la belle étoile, exposés au froid intense des hauteurs, à la pluie et aux intempéries. Les normes minimales humanitaires sont loin d’être respectées, alerte Médecins Sans Frontières (MSF), qui décrit une situation « alarmante » et « bien en deçà des standards minimaux ».
Témoignages poignants de désespoir. Maombi Luth Bisimwa, arrivée le 13 novembre 2025 dans le cinquième convoi, raconte son calvaire : « Je suis arrivée ici le 13 novembre 2025. Je suis du cinquième convoi mais jusqu’à maintenant je n’ai pas encore eu où passer la nuit alors que j’ai 14 enfants. Pas de stand, pas de ration, on est là comme ça.»
Les services de santé sont submergés. Une seule clinique mobile doit couvrir plus de 15 000 consultations par jour. Stocks de médicaments insuffisants, retours sans soins, épidémies successives : choléra à l’arrivée, puis paludisme favorisé par le froid et les conditions précaires.
Eric Kayobegwa Kasigwa témoigne : « Quand nous tombons malades, certains peuvent être servis et d’autres pas. La quantité de médicaments est insuffisante. […] Aujourd’hui c’est le paludisme qui tue en grande partie les gens à cause d’un intense froid. Notre recommandation est qu’on nous construise des maisons, distribution des couvertures à tout le monde et la ration. »
La tragédie a culminé fin janvier 2026 avec la mort de 22 réfugiés en une seule journée au camp, selon des sources locales.
Appel urgent du HCR et des partenaires
Brigitte Mukanga Eno, représentante du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi, insiste sur l’urgence absolue.
« Ces sont des besoins urgents. On doit faire vite, on doit réagir pour éviter que la situation ne continue à se détériorer. Surtout tout ce monde doit manger. Il faut créer les abris pour les protéger contre la pluie, contre les intempéries. Ça, ça ne peut pas non plus attendre. Et nous espérons vivement que nos partenaires au développement et financiers pourront venir pour accompagner le Burundi dans la réponse à cette situation humanitaire», a-t-elle plaidé auprès des bailleurs de fonds.
En décembre 2025, le HCR, l’ONU et le gouvernement burundais ont lancé un appel conjoint de fonds, mais les financements restent très insuffisants. Le PAM, MSF, UNICEF et d’autres acteurs multiplient les alertes : eau potable rare, assainissement précaire, risques élevés de malnutrition et de maladies.
Cette crise s’ajoute à un fardeau humanitaire déjà écrasant pour le Burundi : Plus de 36 000 réfugiés arrivés en février 2025 (dont beaucoup relocalisés à Musenyi) ;
Le pays accueille aujourd’hui plus de 200 000 réfugiés congolais au total, bien au-delà de ses capacités. Sans mobilisation financière massive et rapide de la communauté internationale, les conditions risquent de se dégrader davantage, menaçant des milliers de vies, en particulier celles des enfants, qui paient le prix le plus lourd.LE JOURNAL.AFRICA appelle à une réponse immédiate et coordonnée pour éviter une catastrophe humanitaire plus profonde aux portes de l’Afrique des Grands Lacs.