Site icon LE JOURNAL.AFRICA

Des réserves sur la taxe carbone en Afrique du Sud

Le professeur Adams Tidjani éprouve des sentiments mitigés sur la taxe carbone instaurée en Afrique du Sud. Copyright de l’image Adams Tidjani/IMEM
Image caption Le professeur Adams Tidjani a un sentiment mitigé sur la taxe carbone instaurée par l’Afrique du Sud.

L’environnementaliste salue la loi récemment promulguée par le président Cyril Ramaphosa. L’Afrique du Sud fait partie des plus grands pollueurs dans le monde (1er en Afrique et 14e mondial).

Selon le chercheur, c’est une bonne décision qui permettra au premier pollueur africain de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Mais elle pourra aussi faire des émules chez certains chefs d’État africains qui vont peut-être emprunter la même voie, selon Adams Tidjani.

Lire aussi:

Les délestages replongent l’Afrique du Sud dans le noir

Cop23 à Bonn : des milliers de personnes ont manifesté

M. Tidjani dit avoir un sentiment mitigé par rapport à l’impact réel de cette nouvelle loi en Afrique du Sud et dans le continent.

Convaincu que la pollution africaine est inférieure à 5 %, contrairement à celle des pays d’Europe et d’Amérique, le physicien-environnementaliste dénonce le lourd tribut payé par l’Afrique par rapport aux changements climatiques.

« Non seulement l’Afrique paie le plus lourd tribut par rapport aux changements climatiques, mais elle n’est pas récompensée à la hauteur de sa contribution à cette lutte », regrette-t-il.

Au moment où les États-Unis, le Canada, la Russie et la Chine ne font pas assez d’efforts, à ses yeux, pour changer leurs comportements anti-écologiques.

« Tout récemment, quand Donald Trump (le président américain) a jeté le discrédit sur le réchauffement climatique, on n’a rien dit. Mais si c’était un pays africain qui avait pris une telle décision, on aurait décrété un embargo contre ce pays-là », souligne Adams Tidjani.

Copyright de l’image Getty Images

Image caption Une centrale à gaz Bio2Watt, financée par l’Agence française de développement à Pretoria

Lire aussi:

Énergies renouvelables: un potentiel inexploité

Egypte-Russie : un accord pour la première centrale nucléaire

Pour un Ordre mondial sur le climat

Le physicien se rappelle que les bailleurs avaient refusé de financer le projet de centrale à charbon du président sénégalais Abdoulaye Wade.

Il fustige l’esprit partisan des bailleurs dans ce domaine, suggérant aux négociateurs africains sur les questions du climat de se battre pour un « Ordre mondial sur le climat ».

« J’ai toujours dit aux négociateurs africains de se battre pour avoir un Ordre mondial sur le climat, à l’image de l’Ordre mondial sur le commerce et l’Ordre mondial sur l’énergie », propose Adams Tidjani. »Il faut faire en sorte qu’il y ait des pénalités, quel que soit le pays, lorsque quelqu’un ne respecte pas les règles édictées pour lutter contre les changements climatiques », ajoute-t-il.

Lire aussi:

1,2 milliard d’euros pour le Sénégal

Energie solaire abordable : le défi de Solar Box Gabon

Copyright de l’image Getty Images

Image caption Des ingénieurs en train de dépanner une unité éolienne en Afrique du Sud.

L‘utilité du transfert technologique

Étant donné que l’Afrique est le plus impacté par la pollution atmosphérique, le physicien plaide qu’on permette au continent d’accéder aux technologies vertes.

« Les Européens et les Américains veulent faire de l’Afrique un marché pour écouler tout ce qui est produit solaire. Or, il ne pourra y avoir de développement durable en Afrique que lorsque les Africains eux-mêmes seront capables de fabriquer les photopiles et les batteries, et de monter les centrales solaires », déclare-t-il.

« Aujourd’hui, si vous faites installer une centrale solaire par des Français et qu’elle tombe en panne, vous serez obligés d’appeler les Français pour la réparer, parce qu’on ne maîtrise pas la technologie. C’est très compliqué », regrette Adams Tidjani.

Il estime que l’Afrique et le monde ont besoin, pour réussir dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, de combiner leurs efforts.

Lire également:

La révolution du solaire au Sénégal

Les supermarchés du futur

Copyright de l’image Getty Images

Image caption La centrale à charbon de Kendal à Witbank en Afrique du Sud.

L’exemple de l’orchestre

« Dans un orchestre, quand quelqu’un ne joue pas sa partition, la musique ne peut pas être bonne », fait-il remarquer.

A son avis, les citoyens du monde ont besoin de travailler ensemble, de chercher ensemble des solutions à leurs problèmes.

« Les uns ne peuvent pas ramer dans une direction et les autres dans le sens contraire. Et c’est ce que les États-Unis sont en train de faire actuellement, et personne ne dit rien », renchérit M. Tidjani.

Il est auteur d’une thèse en géophysique appliquée à la physique nucléaire et d’une thèse d’État sur les plastiques. En 2003, il a conçu la première formation académique sur l’environnement au Sénégal.

Adams Tidjani a lancé en 2014 le premier institut des métiers de l’environnement et de la météorologie au Sénégal, où sont formés des techniciens supérieurs des métiers de l’environnement et de la météorologie.

La taxe carbone, fixée à 120 rands (7,3 euros, moins de 5 000 FCFA), va entrer en vigueur le 1er juin 2019 en Afrique du Sud.

Regarder:

Media playback is unsupported on your device
Le solaire, une énergie pour tous?
Quitter la version mobile